https://leschroniquesdecliffhanger.com/2023/03/28/les-oiseaux-critique/
Le film n’a pas commencé depuis deux minutes que déjà deux événements émergent, une première nuée d’oiseaux qui attire l’air de rien et innocemment l’attention de Miss Daniels et le fameux caméo de Sir Hitchcock qui sort de l’oisellerie avec deux scottish terriers, qui sont par ailleurs véritablement les siens pour la petite histoire.
Le film a cette grâce non pas du croisement des genres mais de son entremêlement en quelque sorte. Petite comédie romantique un tantinet niaiseuse, qui démarre avec cette histoire d’oiseaux inséparables, et la folie amoureuse de Miss Daniels qui la pousse sur un mode passionnel non rationnel à se rendre dans la bourgade de Bodega Bay. C’est ici comme un imprévu, une ligne fracturée du destin. Les autochtones dévisagent régulièrement l’intruse avec suspicion, puis comme si du haut de ses différences, elle portait en elle la pyramide du malheur avec ce choix déraisonné de sa venue. Ils la scrutent collectivement sur un mode culpabilisateur et avec une intensité à la façon là aussi d’un groupe d’oiseaux. C’est la haine de l’étranger, le refus de l’altérité. L’oiseau est un terrible prétexte à un film éminent sociologique, donc politique, et donc, c’est passionnant.
Clairement, Miss Daniels amène avec elle son lot de névroses, et les oiseaux n’en seraient que les terribles messagers, les mortifères émanations. Métaphorique et politique, Les oiseaux est un bijou de mise en scène. Les plans sur les visages horrifiés et le tournoiement d’une caméra qui ne quitte que rarement le tailleur vert pomme de Miss Daniels. Mais surtout, au-delà des attaques d’oiseaux, éminemment spectaculaires, malgré leur caractère qui pourrait apparaître aujourd’hui archaïques, ce sont les » moments d’avant » qui impressionnent. Tout particulièrement, quand la nuée de corbeaux se pose sur une structure métallique face à l’école, prête au sacrifice de l’innocence. C’est ainsi une image d’une pureté expressionniste glaçante. Une image devenue anthologique.
Les véritables stars du casting sont bien sûr ici les oiseaux, totalement flippants et qui incarneront parmi les pires ordures de l’histoire cinématographique mondiale… Sans velléité stérile de hiérarchiser l’œuvre hitchcockienne, sans conteste, Les oiseaux est un véritable chef d’œuvre métaphorique et de mise en scène. Sans que l’angoisse ne vous fasse frissonner de la tête aux pieds, l’effet est autre, plus profond, plus ancré et vient tellement parler de nous, oui, les oiseaux, c’est vous !!