Après une délicieuse première scène relevant de la comédie romantique, et bien au-delà des aspects spectaculaires très réussis du film, le maître du « suspense » s’impose ici progressivement comme le maître de « l’angoisse ». C’est en effet ce malaise, né de l’imminence d’un danger et de l’incertitude, et, plus encore, de l’incompréhension qui l’accompagnent, qui est le centre du film. Il y a d’abord les angoisses primaires : celle du vide d’une vie superficielle chez Mélanie, celle de l’abandon et de la solitude chez Annie, l’institutrice et chez Lydie, la mère de Mitch. Et, s’insérant par touches successives, bien plus puissante, une angoisse métaphysique. Qui pose la question des recours de l’humanité face à des dérèglements de la nature et à des phénomènes qui la dépassent (depuis, la pandémie de 2019 en a été un exemple). Plus mystiques, se posent les questions de la volonté de Dieu (voir l’évangile de Luc cité par l’ivrogne au bar sur les oiseaux) et de la responsabilité des hommes, symbolisée par Mélanie, dont le mode de vie frivole (le bain de Rome et -surtout- son intrusion dans un monde puritain et sa transgression des codes de bienséance) apparaît comme une provocation et une déstabilisation de l’ordre du monde, comme un péché originel.
Un chef d’œuvre marquant, conclu par une fausse fin, dans laquelle les péripéties vécues par les personnages deviennent dérisoires face au devenir, peut-être apocalyptique, de l’humanité.