L'Empire des sens
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Theo
Theo

35 abonnés 1 074 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 25 juillet 2025
Il est des films dont on ressort troublé, perplexe, fasciné, puis vaguement vidé, comme après une expérience extrême dont l’intensité dépasse la satisfaction. L’empire des sens appartient à cette catégorie de créations dont la radicalité est à la fois leur gloire et leur faiblesse. Rarement une œuvre aura à ce point cherché à franchir toutes les frontières du cinéma narratif, moral, culturel et sensoriel — quitte à perdre, en route, une partie de son équilibre.

spoiler: Inspiré d’un fait divers réel, l’affaire Sada Abe, qui secoua le Japon en 1936, le film raconte l’engloutissement d’un couple dans une passion dévorante, charnelle, obsessionnelle, jusqu’au point de non-retour.
Cette matière brute, Oshima la traite sans détour, avec une frontalité qui défie les conventions du cinéma érotique, jusqu’à brouiller la frontière entre fiction et acte documentaire. Le sexe y est montré sans filtre, sans coupe, sans pudeur — non pas comme un accessoire de l’histoire, mais comme sa raison d’être.

C’est précisément cette radicalité qui fascine autant qu’elle pose problème. spoiler: La relation entre Sada (interprétée par une Eiko Matsuda aussi troublante que désincarnée) et Kichizo (Tatsuya Fuji, nu presque tout le film, littéralement) prend la forme d’un rituel, presque religieux, où chaque étreinte devient un pas de plus vers la dissolution de l’individu dans le désir.
Mais à force de répétition, à force de vouloir rendre visible jusqu’à l’excès, le film finit par émousser son propre tranchant.

Sur le plan esthétique, la mise en scène est indéniablement maîtrisée. Les intérieurs de bois, les lumières tamisées, les tissus glissant sur la peau, tout concourt à créer un espace hors du temps, presque claustrophobe. On est à mi-chemin entre la chambre funéraire et le cocon amoureux, ce qui donne au film une ambiance singulièrement oppressante. Oshima construit un monde fermé, intensément codifié, où l’extérieur n’existe plus — et c’est là, sans doute, que quelque chose se perd.

spoiler: Car en confinant son récit à ce huis clos du désir, le film finit par manquer d’oxygène. L’histoire se referme sur elle-même, répétitive, parfois même mécanique.
Les scènes sexuelles, d’abord saisissantes, deviennent attendues. Ce qui était transgressif se mue peu à peu en motif, et ce motif se vide progressivement de tension. Le spectateur, d’abord happé, se retrouve à distance. spoiler: La montée dramatique promise au début se dilue dans une surenchère qui n’évolue plus.


Le choix de ne pas censurer les actes sexuels, certes historique, n’est jamais gratuit. Il est même parfois d’une vérité dérangeante. Mais cette ambition de « tout montrer » n’est pas toujours portée par un propos aussi fort qu’elle le voudrait. Là où certains films atteignent l’inexprimable par la suggestion, L’Empire des sens s’obstine à dire l’indicible par l’évidence, jusqu’à l’épuisement. Le choc devient une routine. Et la routine, un léger ennui.

Il faut aussi parler de la musique, presque absente, ou plutôt discrète au point de se faire oublier. Cela participe à l’impression d’étrangeté, de flottement, mais cela prive aussi le récit de respiration. L’absence de contrepoint sonore fait que tout se joue dans le silence du corps, ce qui peut être vertigineux… ou aride, selon le moment. De même, les personnages secondaires, bien que nombreux, sont réduits à des silhouettes fonctionnelles. Le monde social qui entoure le couple est esquissé, jamais incarné. Cela accentue l’impression de boucle, mais empêche aussi d’ancrer le film dans une réalité historique ou humaine plus large.

Ce qui demeure, malgré tout, c’est une proposition de cinéma rare. Le geste d’Oshima est courageux, téméraire, même visionnaire à certains égards. Son refus des compromis, son choix d’explorer la sexualité comme langage absolu, font du film une œuvre qu’on ne peut ni oublier ni classer. Mais cette audace, aussi admirable soit-elle, aurait peut-être gagné à s’appuyer sur une dramaturgie plus nuancée, un rythme plus tendu, et des silences porteurs de sens plutôt que de vide.

Il y a dans L’empire des sens une beauté froide, une provocation stylisée, une volonté de dépassement qui force le respect. Mais il y a aussi une forme de fermeture sur soi, un refus du dialogue avec le spectateur, qui peuvent rendre l’expérience plus théorique qu’émotionnelle. En fin de compte, ce film est comme un sabre parfaitement affûté, forgé dans le feu de la passion et de l’avant-garde — mais dont la lame, parfois, frappe dans le vide.
jppmovie
jppmovie

7 abonnés 76 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 14 septembre 2024
Je ne comprendrai jamais l'engouement que ce film a suscité. OK il a fait scandale en 1976, c'est prévisible.Les scènes de sexe sont interminables, les dialogues sont creux. C'est d'un mortel ennui. Je ne retiens que l'originalité du film, surtout pour l'époque.
DreamyFramesSeeker
DreamyFramesSeeker

21 abonnés 138 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 6 avril 2024
"L'Empire des Sens" est un film qui vous fait réfléchir… principalement à quel point il serait plus agréable de regarder n'importe quoi d'autre. Avec plus de scènes de sexe que de dialogues (et c'est un euphémisme), ce film semble avoir été réalisé par quelqu'un qui a confondu l'art avec une séance de gymnastique érotique. Si vous cherchez un moyen rapide de vous rendre inconfortable lors de votre soirée cinéma, félicitations, vous l'avez trouvé !

Les personnages semblent avoir oublié qu'ils ont une vie en dehors de leurs ébats passionnés, et le spectateur pourrait bien se demander s'ils ont même un semblant de personnalité. Et ne parlons même pas de l'intrigue, qui semble se résumer à une série d'escapades sexuelles sans queue ni tête (enfin, surtout sans tête).

Bref, si vous cherchez un film pour impressionner votre "date" par votre sens de l'aventure cinématographique, assurez-vous d'avoir un plan B prêt à l'emploi, à moins que votre rendez-vous n'ait une obsession particulière pour l'art érotique japonais des années 70.
Yetcha

1 081 abonnés 4 735 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 31 octobre 2023
Je n'avais toujours pas vu ce film réputé comme culte. Je ne savais pas qu'il était si cru. Tiré d'une histoire vraie japonaise du début du XXème siècle, c'est l'amour qui mène à la destruction et à la mort. Compliqué pour les acteurs et actrices de participer à un tel film avec de vraies scènes pornographiques, il fallait quand même oser, et encore plus au Japon en 1976 ! Rien que pour ça il vaut le détour, pour son côté subversif absolu et son histoire vraie dans le Japon d'il y a un siècle. Il faut évidemment le réserver à un public très averti ! Mais je suis satisfait de l'avoir enfin découvert et certaines scènes sont très intenses.
Lila Carli
Lila Carli

2 critiques Suivre son activité

0,5
Publiée le 15 avril 2023
Ce film ne présente aucun intérêt, la direction artistique n'apporte rien ainsi que les répliques grotesques. Le scénario n'a absolument aucun. Rien n'est subtil et aucune fibre artistique, ce film est juste plat et vulgaire
Charlotte28
Charlotte28

203 abonnés 2 831 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 24 février 2023
Malgré la symbolique des luttes de pouvoir par le sexe, malgré la présentation acide des relations dans une maisonnée de ce type, malgré l'évolution d'une histoire charnelle vers un absolu funeste, ce drame à caractère pornographique ne procure aucun titillement érotique, la faute à une mise en scène fade, neutre, et à une analyse forcément intellectualisée. Quelques pratiques peu excitantes choqueront les plus prudes. Intéressant sur le plan réflexif, vain pour l'inspiration sensorielle!
jroux86
jroux86

17 abonnés 47 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 16 février 2023
Chacun sait, aujourd’hui, le parfum de scandale dégagé par ce film. Il y a, d’une part, la crudité des scènes de sexe, avec des actes clairement non simulés. Il y a, aussi, le caractère licencieux de la passion amoureuse ce film, le personnage féminin poussant toujours plus loin le personnage masculin dans le vice. Sur ce dernier point, il est intéressant de noter que c’est bien le désir de Sada, ancienne prostituée devenue domestique, qui guide l’action du film, son patron Kichizo étant cantonné à un rôle assez passif, presque d’homme-objet, subissant l’appétit démesuré de Sada pour le sexe - le sien en l’occurrence.
Mais on aurait tort de ne voir ici que des sexes d’homme et de femme en action. Cette libido sans limite s’incarne bien davantage en la bouche de l’actrice, Nino Metsuda. Une bouche qui, à l’instar de celle d’Adèle dans le film de Kechiche, n’a de cesse de soupirer, supplier, embrasser, en viendrait presque à dévorer son amant tout entier. C’est l’élément corporel qui est au cœur de chacun des plans - jusqu’à en occuper tout l’espace à un endroit du film. Bien plus que le pénis ou le vagin, dont on ne nous épargne aucun détail, c’est la bouche de Sada qui est au centre de la prise d’images, l’endroit par lequel Nagisa Oshima "attaque" chacune des scènes.

Autre point du film intéressant : la façon dont le couple se retire progressivement du monde, dans des espaces qui semblent se restreindre au fil du récit, jusqu’à les couper complètement d’un extérieur marqué par le contexte militariste de l’époque - des soldats défilent dans la rue au tout début du film. L’action est donc ramenée à la stricte intimité de la chambre à coucher, souvent réduite à la seule présence d’un lit et d’une tablette pour le saké. Cette fois-ci, on pense à un autre film : le non moins scandaleux Dernier Tango à Paris (Bernardo Bertolucci, 1972), sorti quelques années auparavant et dans lequel le couple formé par Marlon Brando et Maria Schneider se réfugiait dans un appartement parisien pour s’adonner à des pratiques sexuelles sadomasochistes. Eux ne semblaient pas fuir le contexte politique mais peut-être davantage le climat sociétal (je fais ici référence au féminisme alors en pleine expansion). Dans cet appartement, ils s’interdisent d’échanger leurs noms ou tout ce qui a trait à leur identité sociale, comme pour y échapper. L’homme y règne en maître et impose son désir à une femme prête à tout accepter. Au début, ça a l’air d’un jeu mais on découvre que ce qui s’y joue est des plus sérieux : la tentative de rédemption d’un homme brisé à travers des pratiques peu en phase avec les évolutions du monde extérieur.

Alors que la révolution sexuelle bat son plein en Occident, nous sommes donc en présence de deux films qui font de la sexualité un acte de dissidence, un refuge pour se protéger du dehors. Mais dans les deux cas, ce retrait du monde, qui se fourvoie dans les plaisirs de la chair, spoiler: se révèlera être une impasse, un jeu pervers à l’issue fatale. Chez Oshima, le piège semble se refermer lentement sur les deux amants, le feu de la passion les dévorant finalement tous deux ; chez Bertolucci, c’est l’impossibilité pour le couple de vivre sa passion dans la réalité d’une société changeante, où l’homme doit reconsidérer la place qu’il occupe.
Fabien S.

686 abonnés 4 150 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 28 octobre 2021
Un très bon film erotique japonais de 1976 réalisé par Nagisha Oshima. De l'érotisme, du fantasme, du sexe.
Ykarpathakis157

6 190 abonnés 18 103 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 13 mars 2021
Ce n'est pas beau et ce n'est surtout pas de l'art. Ça a l'air bon marché on aurait dit qu'il avait les valeurs de production d'un film amateur. C'est éclairé par n'importe quelle lampe de bureau cassée trouvée dans un donjon érotique. La fausse neige ressemblait à de la fausse neige. Pour couronner le tout le radotage absolu qui sortait de la bouche de ces personnages. À chaque fois qu'ils font l'amour ce qui représente 85 % du film la femme dit la même phrase banale générique tu es en moi au-delà des mots. C'est un film d'un ennui mortel il essaie de choquer mais au final il n'a aucun sens. Les personnages n'ont aucune profondeur et l'histoire est unidimensionnelle. Le contexte historique est complètement absent mais peut-être que c'est censé être le but. Que la relation sexuelle entre ces personnes soit devenue la seule chose qui compte dans leur vie est triste pour eux. Ma question est pourquoi quelqu'un d'autre devrait s'en soucier. Je n'ai pas été offensé par les représentations graphiques du sexe ni choqué par la violence graphique de la fin du film. J'étais surtout ennuyé et frustré par ce qui était censé être un film révolutionnaire mais ce n'était pas le cas. Un film sur l'obsession sexuelle au Japon juste avant la Seconde Guerre mondiale aurait certainement pu être fascinant mais ce n'est pas le cas...
Santu2b

309 abonnés 1 808 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 29 janvier 2021
Plus de quarante ans après sa sortie, que reste-t-il de "L'Empire des Sens" ? Sorti en 1976, le film défraya la chronique pour son caractère pornographique, entraînant même des soucis judiciaires pour Nagisa Ōshima. Pour rappel, le long-métrage est tiré d'un fait réel japonais de 1936, dans lequel un couple vécut une passion charnelle extrême. Si il reste convaincant par sa photographie et sa mise en scène, le temps a néanmoins fait son effet sur beaucoup d'éléments. À commencer par sa représentation de l'érotisme. Du début à la fin, "L'Empire des Sens" demeure une succession de scènes sexuelles parfois provocantes, souvent répétitives et lassantes. Là où Oshima reste toutefois pertinent, c'est dans le caractère extrémiste de l'érotisme qui se dessine en seconde partie. On peut en effet à ce moment mesurer le caractère destructeur d'une passion. Mais l'impact du film reste considérablement réduit avec nos yeux de contemporains.
anonyme
Un visiteur
2,5
Publiée le 3 janvier 2021
Une pièce de théâtre japonaise se divisent en 6 parties ; si l'on appliquait une grille à ce film voici ce que cela donnerait ; Sexe, Sexe, Sexe, Sexe, Sexe et Sexe. Saupoudrée de romance et d'intrigues conjugales. Osez me contredire.
tonton29
tonton29

29 abonnés 294 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 23 juin 2020
La 1ère fois que j'ai vu le film, je n'ai pas accroché car trouvé laid et manquant d'amour et de passion alors que c'est théoriquement les thèmes principaux du film...
Plusieurs années plus tard, je lui accorde une 2e chance, l'âge et la "culture" cinématographique personnelle pouvant permettre de mieux l'appréhender...
Bon... Pas le cas... Les 2 acteurs semblent peu investis dans cette passion amoureuse destructrice... Heureusement qu'ils sont beaux, ça compense la platitude des relations et des situations...
Quelques scènes intéressantes pour montrer l'évolution des sentiments, des exigences amoureuses et la montée de la "folie" (le regard très expressif et profond de la demoiselle à la fin compense la platitude générale)
Des scènes inutiles ou ridicules (la psychologie nipponne est-elle si retenue ?) ou rien n'est montré mais intériorisé... Comme pour remplir en durée... Pourquoi ne pas alors avoir mieux personnalisé les personnages et 2nds rôles ? Pourquoi ne pas avoir développer les scènes erotiques pour les diriger vers le beau ? Comme si l'amour et la passion étaient associés à une forme de laideur et que c'est pour mieux nous préparer à la scène finale ?
Le film n'a rien de pornographique mais il manque cruellement d'érotisme et de sensualité. Ils sont beaux mais pas mis en valeur. Les corps ne parlent pas et ne diffusent que peu l'envie.
Un sujet difficile (adaptation d'un fait divers réel) mais mal traité... Dommage...
L'amour à mort.
chrischambers86

16 164 abonnés 13 124 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 6 novembre 2019
Le film le plus cèlèbre de Nagisa Oshima qui s'est inspirè d'un fait divers rèel! 1976, souvenez vous du choc de "L'empire des sens". Le rèaliseur s'impose dans les seventies comme l'un des plus importants cinèastes japonais, dans une oeuvre culte et glacèe! Oshima nous conte l'histoire d'un amour fou qui mène un homme et une femme jusqu'à la mort! Lorsque l'amour physique ne suffit plus aux deux amants inoubliables, Tatsuya Fuji et Eiko Matsuda, ceux-ci passent aux relations perverses : spoiler: Le point limite de leur amour suicide frappera à coup sûr le spectateur!
Comment mettre en scène un tel mètrage ? il faut le voir, encore que sa violence, son caractère pornographique et son authenticitè ne sont pas à mettre entre toutes les mains...
Nicolas S
Nicolas S

54 abonnés 667 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 17 janvier 2019
Difficile de juger 'L'Empire des sens', dont le propos - peut-on aimer à mort ? est-ce que pour se donner entièrement à l'autre, il faut mourir ? - est certes passionnant, mais largement dilué dans des scènes pornographiques très souvent superflues.
selenie

7 445 abonnés 6 655 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 28 août 2018
Loin d'être un énième film pornographique des seventies, décennie alors en plain boum du genre, le film s'avère plus riche avec des sujets réellement abordés sous forme de réflexions loin d'être anodines. Le film interroge dès son titre avec l'importance qu'on peut donner aux "Sens" sous toutes ses définitions. Le film est considéré maintenant comme le "premier film pornographique d'auteur" mais on peut toujours en discuter. "L'Empire des Sens" n'est pas un film excitant ni aphrodisiaque et, pourtant, n'est-ce pas la spécificité même d'un film porno ?!... Non, on peut dire de ce film qu'il est avant tout un drame psycho-érotico-social.
Site : Selenie
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