"I'm good for it."
Si le western, né avec le cinéma étasunien, n'est jamais complètement mort, on peut, en 1985, considérer le genre comme moribond après la lame de fond du sous-genre spaghetti qui, tout en en réinventant les codes, avec génie pour Sergio Leone, a complètement décrédibilisé les productions d'alors.
Il faudra ainsi attendre les années '90 pour que refleurisse une nouvelle vague qui, ayant digéré le spaghetti, fusionnera les styles. Bon nombre des productions actuelles, principalement en séries de plus ou moins haut vol, en sont les dignes héritières. Silverado peut à ce titre être considéré comme une première pousse dans un paysage désertique.
Silverado est réalisé par Lawrence Kasdan, scénariste plusieurs fois associé à Steven Spielberg et George Lucas (notamment sur Star Wars et Les Aventuriers de l'Arche Perdue). Le réalisateur est à ce titre lié au Nouvel Hollywood, mouvement qui souhaitait s'affranchir des grands studios, jugés trop engoncés dans leurs codes obsolètes, et pétri de cinéma international, dont la Nouvelle Vague française et le Réalisme italien. La première oeuvre réalisée par Kasdan est ainsi un thriller érotique (Body Heat/La Fièvre au Corps, 1981), le second un film intimiste (The Big Chill/Les Copains d'Abord, 1983).
Au niveau du casting, on voit apparaître quelques interprètes encore assez peu connu·es et qui feront carrière, à l'image de Kevin Costner, sans doute dans l'un de ses meilleurs rôles, déjanté, Kevin Kline, tout en noble sobriété, Danny Glover convaincant, Rosanna Arquette et Jeff Goldblum dans des rôles mineurs mais participant à la fresque. Pour leur donner la réplique, notons encore Scott Glenn, imparable, le pythonesque John Cleese, le caricatural Brian Dennehy ou encore Linda Hunt dans un rôle magnifique. Une belle brochette, donc, plutôt hétéroclite. Le résultat est à l'avenant, propre et mesuré, porté par des dialogues un rien stéréotypés mais bien dans le ton. La reconstitution est parfois somptueuse, à l'image du saloon de Silverado, et on regrettera seulement une musique (Bruce Broughton) complètement hors sujet qui rappelle plus les films Disney pour enfants (ce qu'il fera d'ailleurs plus tard) ou les vieilles séries télévisées (ce qu'il fit plus tôt). On peut se demander comment il a fait pour être nommé aux Oscars pour cette partition-ci.
Au niveau du scénario, si la première demi-heure est surtout l'occasion de passer en revue une galerie de portraits amusants, on poursuit à la façon d'un roman picaresque jusqu'à arriver, pour la seconde partie, au coeur de l'histoire, l'irruption de colons fermiers sur les terres des éleveurs. Qui connaît un peu les oeuvres de Morris et Goscinny aura immédiatement fait un rapprochement avec Des Barbelés Sur la Prairie (Editions Dupuis, 1967). On entre alors dans une histoire plus proche des westerns traditionnels. Comme il le fera plus tard sur Wyatt Earp (encore avec Kevin Costner), Lawrence Kasdan aime dérouler ses histoires sur la longueur plutôt que de se concentrer sur un climax. On n'aime ou pas, moi j'aime bien.
Au final, on a ce qu'on pourrait appeler un western psychologique où les personnages, complexes, sont tous liés d'une manière ou d'une autre les uns aux autres dans lequel Kasdan peut donner libre court à son talent de fine analyse. Un pari risqué mais réussi haut la main.
"Hide and watch."