Paul Thomas Anderson a-t-il puisé une partie de son inspiration de Phantom Thread dans Falbalas ? On peut le présumer. En effet son histoire est celle d’un couturier à la fois mégalomaniaque, tyrannique et profondément seul, s’amourachant d’une jeune provinciale. Sortie en 1945, l’œuvre tournée durant l’Occupation est signée Jacques Becker. Le film offre ainsi une belle introspection dans l’univers de la mode parisienne en cette fin de première moitié de siècle. Son approche de la séduction est soupesée et toute en retenue. Le film est servi un éblouissant Raymond Rouleau, maniant magistralement à la fois le donjuanisme et la perversion. Malgré des longueurs, ce film méconnu contient les germes d’un très grand cinéaste.
Un film commençant par la fin et qui, grâce au choix de distribution, fait d'office préférer le mari. Le couturier (Raymond Rouleau, tête à claques d'emblée) est à peu près naturel avec ses plus vieilles employées (Jeanne Fusier-Gir confondante en couturière inoxydable). Dès qu'il le peut, Philippe Clarence devient joueur, enfant gâté qui ne se refuse rien, sa collaboratrice, houspillée ou suppliée épongeant toutes ses frasques. Tomber sous le charme du jeune patron c'est monter dans un train où il faut sauter en marche. Micheline Presle aime plaire, s'autorise l'attendrissement puis se réveille (stupeur visible à l'image) dans une prise de risque calculée qui vire à l'estocade (plans très rapprochés en champ contre-champ plus parlants que les mots). Le colosse aux pieds d'argile tangue alors sans rémission... Que le tournage dans Paris sous l'Occupation ait cumulé les coupures de courant n'affecte en rien la montée de l'orage entre désir de pouvoir et refus d'être la énième au tableau de chasse. Etonnant comme semble inaltérable le milieu de la mode, les silhouettes diaphanes, les tissus luxueux, les chapeaux féminins imposants (et qui se gardent sur la tête à table !). On ouvre et ferme avec élégance beaucoup de portes dans ce drame qui fait plaisir en 2012 avec son incitation à la maturité sentimentale des deux sexes.
En 1944 Jacques Becker réalise son septième film pendant l'occupation et il choisit de faire appel à la toute jeune Micheline Presle dont la réputation va croissant. Ce mélodrame peut paraître un peu daté dans sa forme, mais il demeure prenant tant Micheline Presle éclabousse l'écran de sa présence lumineuse face à un Raymond Rouleau qui fait penser de manière flagrante au Michel Piccoli des jeunes années. Le grand couturier est un être fat qui n'a pas d'autre réflexe que de tenter de ravir à son ami sa future femme qu'il vient à peine de lui présenter quelques jours avant son mariage. Mais Becker est un moraliste et il nous réciteen réalité la fable du corbeau et du renard où tel est pris celui qui croyait prendre. La réaction de la jeune femme déstabilise l'éternel séducteur qui prend tout à coup conscience de la vacuité de son existence et qui s'imagine que d'un claquement de doigt il va renverser le destin en sa faveur. Raymond Rouleau est parfait en mufle professionnel dans la première partie et très convaincant en animal de proie blessé dans le final. Un film très émouvant qui sait nous toucher du début à la fin. Dans les bonus du DVD il nous est expliqué pourquoi Becker a choisi de placer l'intrigue dans le monde de la mode.
Quel contraste ! Un titre aussi frivole pour un drame aussi noir. Deux suicides, ce n'est pas courant. Quel beau film aussi avec une mise en scène brillante et des personnages bien travaillés ce qui est la marque de ce grand cinéaste. Un régal pour les yeux avec une Micheline Presle aussi bien filmée que par Gremillon. Un bémol cependant qui tient plus à ma sensibilité qu'au scénario dont la construction est sans défaut: c'est le personnage central, Philippe Clarence auquel je ne parviens pas à adhérer. Je ne crois pas possible qu'un personnage aussi déplaisant, aussi cynique qui pousse l'égoïsme jusqu'à en faire une règle de vie ( Ne jamais ramer à contre courant mais se contenter de faire la planche) puisse exister. On ne collectionne pas les maîtresses depuis plus de 20 ans (toutes les femmes qui l'appellent par son prénom dont Solange) pour sacrifier à ce point sa vie devant une amourette...D'ailleurs Becker n'a pas du y croire non plus puisqu'il le fait sombrer dans la folie au final ce qui lui donne,en passant, l'occasion de s'approcher du cinéma fantastique. J'ai adoré revoir Jean Chevrier viril et fort, au jeu rude et Gabrielle Dorziat impeccable dans ses silences expressifs. J'ai revu avec plaisir la femme de Landru, un des plus beaux Chabrol, qui était l'épouse de Raymond Rouleau, quel contraste!. Il y a tant d'acteurs a voir jouer dans les films de Becker qui possède la grâce de les rendre tous passionnants. On parle de Paris dans ''Falbala'' mais en vérité, c’est sans importance et les quelques rues filmées sous l'occupation allemandes ne nous apportent strictement rien sur le plan documentaire. Seul détail humoristique et nostalgique pour tous ceux qui sont montés comme moi sur le manége des chevaux de bois du jardin du Luxembourg,actionné par un homme obligé de forcer sur une manivelle...Et bien ;Jacques Becker s’en sert comme symbole sexuel pour les Casanova. Nous étions pourtant bien loin de penser à cela en attendant comme le faisait François Truffaut la scéance des marionettes . François lui, il les attendait même à la sortie comme on attend le père Noêl.
Dans le milieu un peu cynique de la mode, le premier film de Jean Becker ressemble à une plongée ethnographique, matinée d'onirisme... Bien sûr, on y trouve quelques facilités un peu datées. L'ensemble reste tout de même sans grande passion, à l'image des hésitations du couple principal. Ce premier film de Becker est encore par moment assez maniéré. Le son et la copie du DVD proposé par Studio canal sont assez lamentables hélas !
Au premier abord rien de très réjouissant mais la qualité de la réalisation de Jean Becker est éblouissante. A noter aussi l' interprétation doublement remarquable de Raymond Rouleau par son excellence et par un ton de voix étonnamment proche de celui de Michel Piccoli.
Une perle encore trop méconnue du cinéma français. Cette peinture romanesque autour de l'univers de la couture est d'une élégance de mise en scène étonnante. Le final avec le mannequin de cire est d'un onirisme merveilleux. Micheline Presle est la remarquable interprète de ce chef-d'oeuvre et des seconds rôles excellents l'entourent (dont la géniale Gabrielle Dorziat.)
L'univers de la mode est très bien décrit, la réalisation de Jacques Becker est bonne, meme si ce film ne figure pas parmi ses plus grands. L'interprétation de Micheline Presle est très bonne, mais Raymond Rouleau en fait trop. Malgré cela, une certaine émotion se degage de ce film, notamment sur la fin.
Rien à sauver dans ce film: l'histoire est nulle, le jeu des acteurs est mauvais, les plans sont moches, le montage est raté... On est très loin du Jacques Becker de Touchez pas au grisbi ou Le Trou. A éviter.
Fortement impressionnant, le premier très grand film de Jacques Becker l'est à plus d'un titre. D'abord il y a la description tout à fait remarquable du milieu de la mode, qui permet de gagner une crédibilité difficilement cassable. Ensuite il y a la mise en scène de Becker qui se focalise avec justesse sur les détails (costumes, gestes, dialogues). Enfin il y a le contexte, le film fut en effet tourné en pleine libération, amenant des difficultés techniques énormes et quasiment insurmontables. Et pourtant, le résultat est là : une oeuvre cohérente et sublime, porté par des acteurs excellents.