Film très puissant, un vrai chef d’œuvre à vrai dire. L’histoire d’un homme, parmi les premiers exploitants de pétrole dans l’ouest des Etats-Unis au début du XXe siècle, et la violence provoquée par ses ambitions.
La réalisation de P.T. Anderson est irréprochable, le tableau d’époque très crédible, les prestations de Daniel Day Lewis en premier lieu, et aussi de Paul Dano, sont phénoménales.
En plus d’être d’une qualité cinématographique indéniable, le film a aussi du fond et ne fait aucune concession pour le traitement de son thème, à l’image de la bande son qui ne va jamais dans le sens de notre confort ou de notre relâchement, contribuant au maintien d'une forte tension, que certains trouveront saisissante, d’autres peut-être désagréable.
Sans donner de leçon de morale, le film contient en lui une réflexion sur la violence de l’ambition sans limite, le plaisir lorsque l’on est puissant de tout écraser sur son passage. I’m gonna bury you underground ! (je vais t’enterrer sous terre) crie le personnage principal au pasteur du village ! Qu’est ce qui pousse à agir de cette manière jamais rassasiée: l’argent bien sûr, mais bien plus profondement : le dégoût, la haine de soi et de la société, la revanche sur la vie et sur les autres. A travers l’histoire de ce destin personnel, on retrouve en filigrane le mode libéral et anarchique sur lequel se sont fondés les états d’Amérique : les individus confrontés les uns aux autres dans une urgence de survie, les uns exploitant les autres sans état d’âme, la présence de prêcheurs de toutes sortes (Dieu, la fortune) face à l’incertitude du lendemain, l’arme à feu apparaissant comme le plus sûr des anges gardiens, l’enfant comme prolongement de soi et de son ambition dans un pays où tout est à construire…
A voir absolument, mais attention, il ne s’agit ni d’une grande épopée, ni d’un film d’action.