Film jumeau de No country for old men, There Will Be Blood n’est pas du tout ce à quoi je m'attendais. Je pensais à un film de Far West alors que …
On suit ici Daniel, un homme sans passé qui creuse la terre à la recherche de pétrole. Ce monde est très cruel et violent, la nature, l’acier et la terre ne laissent aucune chance. Les blessures sont affreuses et mortelles, mon dieu le bruit des poutres qui tombent sur un homme dans le puits. On se croirait presque dans la tempête avec ces hommes qui descendent avec un ciré de marin. Daniel trime, souffre, adopte l’enfant de son compagnon de misère. On pourrait presque le plaindre.
Le voici qui commence à réussir, emmène son fils avec lui pour racheter des terres aux paysans appauvris de l'ouest et construire des Derricks. Or arrive un jour un jeune garçon (Paul) qui lui parle d’une ville ou il pourrait se trouver des gisements de pétrole. Nous sommes entre le Nevada et la Californie dans un coin aride et sauvage, où rien ne pousse. Une première chose est marquante, la musique ne transcende nullement les beaux paysages, il n’y a en pas pour la nature et tout ce qui touche au pétrole est joué par une musique inquiétante.
Il réussit à racheter une majeure partie des terres et commence à construire un Derrick. Il fait la connaissance d’un frère de Paul, Eli qui semble très religieux et a besoin d'argent pour une secte protestante charismatique et millénariste. Deux pouvoirs semblent commencer à se faire face, Daniel avec son Derrick face au à L’église d’Elie.
Ce filon semble être LE bon car une formidable quantité de pétrole est trouvée et la fortune de Daniel semble faite.
Mais il y a un prix à payer, lors d’un accident son fils va perdre l'ouïe, ce qui va l'isoler du monde. Daniel ne semble pas vouloir admettre le handicap de ce dernier et va finir par l’envoyer dans une école de sourd.
L’accident est l’incendie du Derrick qui est filmée de manière magnifique, surtout celle ou il envoie des explosifs seul moyen de couper un incendie de puits de pétrole. Cette scène est presque pastorale avec ces hommes qui avancent vers la source de lumière qui est à la fois leur paradis mais un enfer terrestre. Cette vision du diable fait penser à Bosch par son apocalypse et sa noirceur mais aussi à Bruegel par sa construction. Daniel est noir de pétrole, comme son coeur qui va se durcir de plus en plus. Il est souillé par ses pêchés.
Ce lien avec son fils était ce qui rapprochait Daniel de ces semblables, sans lui Daniel va perdre pied devenir de plus en plus violent. Nous nous approchons de ce qui fait le coeur de ce film, l'absence de scrupule et la culpabilité. Daniel se sent coupable pour ce qui est arrivé à son fils, aussi quand Elie vient demander l'argent promis pour son église, Daniel le bat et l’humilie, lui reprochant de ne pas avoir empêché ce qui est arrivé à son fils. C’est bien sûr ignorer le libre arbitre, mais Daniel ne croit pas. Humilié, Elie se venge sur son père l’accusant d’avoir fait venir ces étranger qui les ont dépouillés.
Arrive un autre membre de la famille de Daniel, son frère. Cela semble le canaliser, même si on apprend que Daniel est profondément misanthrope et méprise ses semblables, il ne supporte pas la réussite des autres et voit tout le monde comme un concurrent qu’il faut écraser. La musique est toujours aussi discrète sur les paysages,comme si Daniel était incable d’en profiter, de profiter de la vie.
En apprenant que son frère a menti sur qui il était, il le tue. I
l doit se convertir auprès d’Elie s’il veut écouler son pétrole, il va donc à Canossa chez Elie qui en profite pour l'humilier.
On passe une quinzaine d'années, Daniel a formidablement réussi et possède un manoir somptueux, dans lequel il dépérit boit énormément. Quand son fil lui annonce qu’il part essayer aussi de puiser du pétrole, il devient fou, annonce qu’il n’est pas son fils et le chasse.
La scène de fin est terrifiante, Elie revient et trouve Daniel dans un état pitoyable il en profite pour lui proposer une affaire, sans se docteur que Daniel est toujours aussi retors. Daniel retourne la situation l’humilie comme l’a humilié des années avant et finit par le tuer.
Ce film voit ce duel entre l’homme de dieu et l’homme d'affaires. Aucun n’est meilleur que l’autre, l'homme de dieu est menteur et l’homme d’affaire est immoral. Ce qui nous distingue ce n’est pas d'être le meilleur mais de s'éloigner de ceux qui nous poussent vers le fond car ils iront d’eux même dans les abysses. Un grand film, sombre et funèbre à en parallèle avec les Moissons du Ciel de Malick qui est son petit frère presque lumineux en comparaison.