Quelle claque! There will be blood a la force des grands films en lui, celle qu'on ne peut décrire en 2000 caractères. Aussi pour être le plus complet possible, je tiens à souligner que ce film, c'est avant tout un destin, celui de Daniel Plainview, sublime et pathétique, grandiose et horripilant, fascinant et repoussant, en tout cas pétri de contradictions. Un grand personnage ne vit que grâce à un grand acteur, et Daniel Day-Lewis est de ceux-ci : ahurissant de majestuosité tout au long du film, sa prestation de génie explique aisément sa victoire aux Oscars. N'oublions pas non plus l'excellent Paul Dano, fascinant dans sa schizophrénie et dans ses prêches habités, la confirmation de son immense talent, aperçu dans le remarquable Little Miss Sunshine. Les autres seconds rôles sont tout aussi réussis (notamment le petit garçon). La force principale de ce film, et là est sans doute ce qui fait le charme du film de Paul Thomas Anderson, c'est qu'il sait aussi se taire : on entr'aperçoit alors la force des choses qui se taisent, qui s'effacent derrière l'image, sublime et grandiose, démesurée comme l'ego de Plainview, des paysages où se dressent les derricks et les pipelines. L'image, travaillée à l'extrême, sublime le déroulement de l'action : la scène de l'incendie n'en que plus de cette force poignante qui vous prend aux tripes : là naissent les scènes d'anthologie. La bande-son, décalée mais obsédante, s'accorde à merveille avec le caractère ambigu du héros à la fois grand et salaud. On pourra reprocher au film d'être prétentieux, long et chiant, n'y prêtez guère attention : par la force de ce qu'il ne fait que suggérer, There Will be Blood est un film qui marque pour longtemps les esprits, à l'image de la scène finale, où les tensions, les passions sont exacerbées, magnifiées par l'exercice de virtuose du réalisateur. There Will be Blood est un grand film, probablement l'un des meilleurs de ce début d'année 2008 riche en chefs-d'oeuvre.