Lent et posé le film de Jacques Becker nous plonge dans l'intimité de cinq détenus qui préparent une évasion. Le réalisme de la vie carcéral est frappant, mais on peut reprocher quelques longueurs... Un film qui a quand même bien vieilli et qui a été une source d'inspiration pour de nombreux réalisateurs.
« Le trou » est l’emblème d’un concept cinéma vérité filmant un récit en temps réel montrant chaque action exécutée dans son intégralité.
Cette prodigieuse machinerie au verbe compté exécute un plan d’évasion d’une rigueur extrême le tout dans un chapelet d’images dont chaque contenu et un déploiement procédurier de A à Z.
La collaboration est parfaite entre cinq détenus respectueux du comparse, sympathiques volontaires et courtois préférant faire la belle plutôt que de contempler leurs quatre murs pendant vingt ans.
Le processus séquentiel de cette évasion est remarquable. Un authentique mécanisme d’horlogerie qu’il faut avoir le courage d’endurer en comprimant quelques bâillements.
L’action est cérébrale dans des manipulations au cordeau. Aucune excentricités ni débordements dans ses gestes d’orfèvres parfaits, automatisés mettant en lumière un formidable esprit d’équipe.
Ce qui compte c’est de foutre le camp et pour cela il ne faut être qu'un, puis cogner à en perdre la raison pendant d’interminables minutes sur des parois hypers résistantes.
La solidarité de l’ensemble est poignante, elle roule dans la farine des surveillants formatés par le contrôle dans un univers carcéral reconstitué de manière parfaite.
Jean Keraudy revivant pour le cinéma sa propre aventure déclencha à l’époque de nombreuses controverses entre des spectateurs sympathisants envers ces « Malfrats « courageux et déterminés à vivre en extérieur et d'autres beaucoup plus sentencieux.
Un chef d'oeuvre rien que pour son courage d'imposer des temps morts interminables mais indispensables à la compréhension des efforts de ces forçats grattant la terre à en perdre haleine.
La Cinémathèque française a consacré le mois dernier une rétrospective à Jacques Becker. l'un des plus grands réalisateurs des années 50, il a laissé une œuvre hétéroclite : des films naturalistes ("Goupi mains rouges", "Casque d'or"), des polars ("Touchez pas au grisbi"), des œuvres plus intimistes qui annoncent la Nouvelle vague ("Rendez-vous de juillet", "Rue de l'estrapade").
"Le Trou" est son dernier film. Jacques Becker est mort avant d'en avoir fini le montage. C'est son chef d’œuvre.
Il est inspiré d'une histoire vraie : la tentative d'évasion d'un groupe de prisonniers de la prison de la Santé relatée par l'un de ses protagonistes, José Giovanni, dans son tout premier roman. Toute l'action se déroule dans leur cellule et dans les sous-sols de la prison dont ils essaient de s'évader. Avec une économie de moyens remarquable et une efficacité redoutable, sans aucune musique mais avec une attention aigüe au bruitage, Becker filme en longs plans séquences quasi-documentaires la réalisation d'une évasion. On voit ces co-détenus mettre en œuvre un plan méticuleusement exécuté ; on partage vite leur anxiété et leur impatience.
L'enjeu dramatique ne se résume pas à la question de savoir s'ils parviendront à creuser ce trou dans le plancher de leur cellule pour accéder aux souterrains de la prison qui communique avec les égouts de Paris. Un autre enjeu est la solidarité des prisonniers auxquels se greffe un cinquième détenu dont on se demande pendant tout le film s'il les trahira ou pas.
A sa sortie en 1960, le film avait été d'autorité réduit de trente minutes par son producteur. Il ressort dans son version originale de deux heures douze. Happé par le suspense de cette évasion dont on ignore juste à l'ultime scène si elle réussira ou pas, je n'ai pas regardé ma montre une seule fois.
L'ultime film de Jacques Becker est également l'un de ses chef d'oeuvres absolus. La mise en scène est épurée à l'extrême, mais suffocante et brillante au possible. De plus, la photographie crépusculaire au possible rend l'atmosphère de manière encore plus impressionnante. Alors qu'on pourrait avoir peur de s'ennuyer devant 2h05 ou finalement il ne se passe pas énormément de choses, on reste au contraire cloué à notre fauteuil jusqu'à la dernière seconde, tellement l'ensemble impressionne. A noter l'absence totale de musique, cherchant à rendre l'ensemble le plus réaliste. Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est réussi et de manière impressionnante. Chef d'oeuvre.
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5,0
Publiée le 3 mai 2021
Cette histoire d'évasion des plus puissantes est une merveilleuse exposition des qualités humaines les plus fondamentales, l'ingéniosité et la coopération ainsi que le désir inné de liberté qui donne naissance à ces qualités. Bien que le thème de la transcendance soit certainement présent il est intéressant de noter que la transcendance est ici atteinte par le travail avec d'autres sur une tâche. Les détenus forment une fraternité unique par leur dépendance commune. Cela leur permet d'être dans la prison ce qui est discrètement visible dès les premiers instants du film Le Trou. Nous voyons ce lien de groupe s'approfondir à chaque risque pris à chaque coup de ciseau contre un mur de béton et nous devenons émotionnellement liés à la quête des personnages simplement en observant leurs efforts et il est étonnant de voir à quel point le fait de marteler un mur de béton peut être dramatique. Aucun dialogue n'est nécessaire aucune description de personnages et de leur passé ne vient nous distraire de leur tâche. Les détails de l'évasion sont montrés dans leur intégralité sans qu'aucun détail ne soit laissé sur le plancher de la salle de montage. Le fait de pouvoir voir tous les détails de l'évasion a rendu le film très réaliste à mon avis et donc très agréable à regarder. Ce film traite d'une évasion de prison pas d'un drame ou d'émotions et si seulement plus de films étaient comme celui-ci...
Le chef d’œuvre des films noirs français des années 50 , il y en avait un c'est celui ci? Le trou est le film que tout le monde devrait le voir une fois dans sa vie,c'est une des plus grandes leçons que toute les écoles d'Art et d’Essai devraient montrer à leur élèves.On ne devient pas réalisateur parce que on veut réaliser un film,le métier de metteur en scène est une vocation,Jacques Becker dont celui ci est son dernier film a puisé toute ses forces pour réaliser son ultime film.Il meurt la même année que son film,il ne la jamais vu finit,c'est pendant le montage que le cinéaste décèdera d'une crise cardiaque.Ce film est réalisé minutieusement comme documentaire avec des acteurs quasiment inconnus à l'époque,dont Jean keraudy le Magiver avant l'heure de son vrai nom Roland Barbat c'est lui ,il était un acteur non professionnel,ami de longue date et camarade de cellule du scènariste José Giovanni dont le film est inspiré de son livre. Tout les second rôles étaient excellents,il y avait que un seul comédien de théâtre dans le Trou,c'est Marc Michel acteur favoris de Jacque Demy,mais celui qui deviendra suite à ce film un acteur reconnu par les français c'est Michel Constantin.Le Trou lorsque celui est sortie en 60 il n'a pas rencontré le succès ,mais c'est au fur à mesure des année que ce film deviendra un chef d'oeuvre.Ce dernier est le meilleur des meilleur films de prison, jamais réalisé ,c'est celui ci qui inspira énormément de film américain comme La grande évasion de John Sturges.Ce film noir est méga génial.
Attention, chef d'oeuvre. Ne croyez pas les critiques qui vous disent que c'est un film de prison, car vous aurez à l'esprit un concept usé jusqu'à la corde par une flopée de films moyens de l'Evadé d'Alcatraz à Prison Break. Le Trou n'est pas comparable à ces films. Il y a tant de points qui font de ce film un chef d’œuvre qu'il est difficile de tous les donner. Ce film respire l'intelligence. Le réalisateur ne force pas le trait. Il sait faire ressortir de ses acteurs (tous très bons au demeurant) les sentiments les plus subtiles, les non dits. Ca respire l'humanité. Un film d'hommes vrais, comme il en existait à cette époque, ou même les malfrats avaient des règles, des principes, et du respect pour leurs geôliers. La préparation de l'évasion est filmée de façon patiente, méticuleuse, quasiment en temps réel. On la vit avec eux. On a peur avec eux. On casse la pierre avec eux. Les techniques que les évadés utilisent sont si crédibles qu'elles sentent le vécu. Pas besoin d'effets spéciaux, on en oublie le noir et blanc, au point qu'on se demande s'il n'est pas préférable. Bref, on se surprend à regretter que beaucoup de réalisateurs actuels ne s'inspirent pas de cette force et de cette sobriété.
Un chef d'œuvre absolu de mise en scène et de rythme. Il ne se passe pas grand chose mais on vit avec ces prisonnier, on stresse avec eux, on suit leurs efforts dans la poussière et le désir de liberté. Pas une seule seconde d'ennui. un pur chef d'œuvre trop méconnu.
Filmer tout en fluidité cinq bonhommes coincés dans un lieu confiné, faire monter la tension au fur à mesure que s’échafaude leur projet d’évasion, et parvenir à vous vriller les nerfs à chaque coup donné dans le béton – comme si votre propre destinée en dépendait –, voilà, entre autres, la gageure réussie par Jacques Becker.
Les films sur le thème de l’évasion de prison mêlent le plus souvent des éléments extérieurs à la « belle » pour pimenter le récit. Le Trou, lui, s’en tient à cette belle. La maîtrise de Becker est telle qu’aucun artifice n’est nécessaire.
Vous êtes happés dans Le Trou et vous y restez avec angoisse pendant près de deux heures. Prisonnier d'une cellule avec une poignée de gars qui deviennent vos camarades, toute votre attention de « spectacteur » est tendue vers la sortie.
Un film vraiment fort, par contre vraiment témoin d'une époque. Une évasion qui se prépare et un suspens vraiment bien entretenu par beaucoup de silences et d'attente.
C'est un film assez efficace et assez réussi bien mis en scènes par Jacques Becker. Cependant, je suis moins enthousiaste sur certains points. Déjà je trouve que les acteurs sont pas très convaincants, on sent vraiment qu'ils récitent leur texte, et le tout manque de conviction. De plus, le film n'arrive pas à créer des moments de tensions, on a qu'à de très brefs instants l'impression que leur projet est menacé, du coup même si le film n'est pas inintéressant, on a l'impression qu'il aurait pu être un peu meilleur. A noter tout de même que c'est agréable que le film ne soit pas caricatural (gentils/méchants), non là les gardiens de prison sont montrés comme des être humains, alors qu'on sait que dans pas mal de films ils sont représentés comme quasiment des tortionnaires. Mais c'est plutôt dans le cinéma américain que j'ai vu ce genre de chose.