L'histoire d'un trentenaire parisien qui n'en a peut-être plus pour longtemps.
Ah Paris ! Il doit être fier d'être le premier réalisateur a prendre le titre le plus simple du monde pour un film, et qui fait rêver une grande partie du monde.
Heureusement, loin de ses éternels étudiants loosers ou misérables de « Chacun cherche son chat » ou « L'auberge espagnole », ici, on monte d'une catégorie socio professionnelle et de moyenne d'âge. Au moins, avec un titre pareil, il a considéré que Paris était devenu un réservoir de bobo un peu plus friqué qu'avant. Ce qui nous donne un casting de rêve, Binoche et Mélanie Laurent en tête, Duris et Luchini pour les hommes.
En fait la grande surprise c'est ce dernier, non qu'il jouait mal auparavant, mais là, il est plein d'une émotion habituellement cachée par son bagoût inépuisable et bruyant. C'est presque dommage que Duris soit la vedette, parce que le personnage du prof de Sorbonne au seuil de sa vie de vieux célibataire dans un Paris remplie de femmes seules était aussi un sujet intéressant sinon fédérateur.
Duris nous donne un florilège de son mauvais caractère habituel avec des répliques excellentes, qui sont sûrement de lui seul. Il ne fait en fait pas grand chose dans ce film, mais sa présence suffit largement, il est vraiment l'une des plus grande « gueules » du cinéma français, vivement qu'il vieillisse pour trouver d'autres types de rôles.
Tous les acteurs sont très sympathiques sauf une, qui explore le mythe de la prolo ultra xénophobe de génie, Karin Viard fait un personnage ultra caricatural et s'en sort très bien. Mais elle aussi n'a qu'un tout petit rôle. C'est d'ailleurs l'un des points noirs de ce genre de film, à force de donner des petits rôles à de grandes pointures, on reste sur sa faim, surtout que le film est définitivement trop court pour un sujet pareil. Mais n'est pas Claude Lelouch (dans ses bons jours !) qui veut.
On peut regretter aussi l'intermède africain, qui même s'il éclaire certains côtés de Paris, n'est pas le plus représentatif face au déferlement asiatique et d'Europe de l'Est. C'était surtout quelques minutes qui auraient pu être traitées directement à Paris pour voir des quartiers populaires, et ainsi ne pas sortir de notre sujet. Car Paris Intra-Muros, à la différence d'autres grandes mégalopoles qui n'ont pas une frontière aussi tangible, devient de plus en plus fermée à la mixité, faute à de grands changements sur le prix des loyers et de l'achat. Les africains n'ont plus accès qu'aux HLM et les maghrébins sont manifestement repartis dans le 93 vus les tarifs. Seuls les asiatiques avec l'argent du commerce (plus ou moins illégal) et les immigrants de l'Est avec des activités plus ou moins illégales arrivent encore à habiter la capitale. Et c'était peut-être dans le contraste entre certains coupes-gorges parisiens et des quartiers populaires tranquilles que le film aurait gagné une légitimité sociale qu'un voyage au Cameroun plus caricatural ne permet pas dans la finesse.
Mais comme dans « L'auberge espagnole », le propos est clairement de faire rire, à demi mots bien sûr, ce n'est pas une vraie comédie, et donc on ne se pose plus trop de questions au bout d'un quart d'heure, se laissant bercer par les anecdotes de tous ces parisiens qui vivent ce qui fait le charme de la « plus belle ville contemporaine du monde ».
Pourquoi certains critiques ont eu la dent dure ? Peut-être ont-ils été déçus par le manque d'ambition d'un tel film. Mais franchement, la photographie, le fait de tourner entièrement en appartements « naturels », le mélange entre Paris touristique et Paris vivant, les acteurs formidables, l'émotion de certaines séquences toujours réalistes, l'humour, rien ne permet de laisser fuir le spectateur. C'est un Paris sans prise de tête, une petite fenêtre de bonheur tranquille dans une ville dangereuse et stressante, rien de plus, c'est déjà beaucoup, car à mon sens, il n'y a pas de trahison. C'est là que l'on sent le talent du futur quinqua parisien.
Pour finir, le plaisir est différent pour un parisien de naissance, j'ai retrouvé (à part la boulangerie que je n'arrive décidément pas à situer) sur la pellicule tous les quartiers qui ont fait mon bonheur de lycéen, d'étudiant et désormais de travailleur du 15ème arrondissement. Mais bien sûr, la cerise sur le gâteau, c'est l'appartement de Duris, sur la place Martin Nadaud, qui est collée à un immeuble où j'avais quelques connaissances dans ma jeunesse, mais surtout, qui donne sur le cimetière du Père-Lachaise, ma deuxième passion après la cinéphilie.
Merci Cedric, pour ce petit plaisir, que seuls peuvent ressentir les autochtones.