Bon, je dois être franc, je trouve en général l’érotisme de Jaeckin assez fade. Il filme ça sans grande passion, avec un sens de l’esthétisme plutôt froid, et cette adaptation de L’Amant de lady Chatterley en souffre évidemment. Certes le film est formellement peu critiquable. Les décors sont réussis, luxueux, la photographie est soignée, la bande son classique mais de bon alois. On sent un certain budget, et on se retrouve face à un métrage certes académique, mais élégant. Elégant, mais froid. La mise en scène de Jaeckin sonne juste, mais sonne aussi d’une objectivité franchement peu en accord avec le sujet. Il semble distant, filmant un érotisme soft mou et peu enthousiasmant, répétitif, et se montrant d’un classicisme presque total. On se croirait dans un épisode d’Hercule Poirot, sauf que pour un film sensuel voire brutal comme on l’attend d’une adaptation du fameux livre, c’est ennuyeux. Alors on peut espérer se rattraper sur la qualité de l’histoire. Après un début pas mal, et avec une fin correcte, le film malheureusement peine à soulever l’enthousiasme. Au milieu c’est franchement très mou, très fade, on dirait un joli catalogue d’images papier glacé dont on a retiré la moelle. Peu de relief, le film avance sur une sorte de faux rythme qui rend rapidement somnolent. Pas de passion, de souffle, ou alors trop timoré, Jaeckin a du mal à nous faire rentrer dans son métrage. Au casting son actrice fétiche, Sylvia Kristel, au charme sans doute un peu glacial pour un film qui l’est déjà très fortement. Celui qui s’en sort le mieux à mon sens est Shane Briant, alors que Nicholas Clay semble assez perdu dans ce métrage. Autant Briant joue juste et à propos, autant le couple Kristel-Clay ne passionne guère, et étrangement cela donne presque le sentiment que le film est rivé sur le personnage de Briant plus que sur celui de Kristel. Un comble compte tenu du titre. En conclusion voilà un film caractéristique de l’érotisme papier glacé. De la belle image, mais pas vraiment d’âme, pas de passion, c’est comme faire l’amour à une belle statue de marbre antique ! L’antithèse d’un Joy par exemple, ultra-raffiné, et pourtant ultra-sensuel. 1.5
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0,5
Publiée le 29 mars 2010
La carrière de Just Jaeckin, photographe talentueux et auteur comblè de spots publicitaires qui n'a jamais su dèpasser l'aspect "mode", va de ratage en ratage: après avoir trahi Pauline Reage avec "Histoire d'O" et assassinè la bande dessinèe "Gwendoline", il remet le couvert avec cette deuxième version de "L'amant de Lady Chatterley" du roman de David Herbert Lawrence! Le film est totalement ratè avec un erotisme mou du genou et une Sylvia Kristel ravissante mais inexpressive! il restera quand même dans l'histoire pour le triomphe public "Emmanuelle", et surtout une adaptation française intitulèe "Lady Chatterley", par Pascale Ferran, avec Marina Hands, qui a remportè le Cèsar du meilleur film et de la meilleure actrice en 2007! Là par contre ça vaut le dètour...
La sensualité de Lady Chatterley’s Lover participe de sa fresque intimiste à rebours de la reconstitution historique traditionnelle : l’ouverture se débarrasse habilement du contexte socio-politique, réduisant la déclaration de guerre à une annonce transmise par un messager et l’épreuve du front à quelques secondes saisissantes, cauchemar à ciel ouvert, pour mieux se saisir de ces deux éléments perturbateurs comme autant d’accélérateurs de particules. Car tout naît spoiler: du désir , comprenons du manque – d’un être puis d’une motricité – que notre héroïne apprend à combler à sa manière ; en parallèle se construit un arc narratif tout entier consacré à spoiler: la réparation du corps et de l’estime de soi du soldat cassé, qui s’épanouit lui aussi dans les bras d’un(e) autre, et qu’une jalousie, comprenons une fois encore un désir issu d’un manque, réveillera.
Just Jaeckin s’attache, une fois encore, à représenter spoiler: le désir amoureux comme la rencontre d’un fantasme et des interdits qui pèsent sur lui : le garde champêtre est d’abord entraperçu au travers du feuillage, comme nous l’observions partiellement peu de temps auparavant lors d’une apparition fugace en compagnie de sa chienne ; l’adultère oscille entre la passion et la fracture idéologique sur fond de lutte des classes, Oliver Mellors ne cessant de dégrader sa lyrique amoureuse (déjà bourrue) en pamphlets véhéments et sa relation en marque supplémentaire d’exploitation. Face à lui, Sir Clifford Chatterley s’empêtre dans ses contradictions : sa tolérance ne constitue qu’une façade derrière laquelle cacher sa peur panique de voir son monde disparaître, lui qui faisait l’éloge, au petit-déjeuner, du changement… Deux hommes, deux entités contradictoires qui dévoilent, par contrastes, la constance et la puissance de la femme, seule capable de spoiler: transgresser l’ordre établi : allégorie de la modernité, elle bénéficie du talent d’un metteur en scène, de son chef opérateur Robert Fraisse (L’Amant de Jean-Jacques Annaud, en 1992, pour ne citer qu’un exemple), à la photographie somptueuse, et du décorateur Anton Furst qui prouve une nouvelle fois son talent après Alien (Ridley Scott, 1979). Notons enfin le dynamisme de la partition musicale de Stanley Myers et Richard Harvey, qui accompagne parfaitement une œuvre de toute beauté.