Fable sacrilège d’une ironie mordante, Viridiana dynamite la charité chrétienne en révélant ses impasses morales. Avec une sécheresse implacable, Luis Buñuel met en scène la collision entre idéal religieux et pulsions humaines, sans jamais chercher à réconcilier les deux. La célèbre parodie de la Cène cristallise cette irrévérence, transformant le sacré en grotesque dérangeant. Le personnage de Viridiana, tiraillé entre foi et réalité, incarne une innocence progressivement corrompue par le monde. De cette lucidité cruelle naît un chef-d’œuvre subversif, dont la portée critique reste d’une modernité saisissante.
Très âpre, l'intrigue dénonce l'idéalisation de la nature humaine induite par la religion, le mépris ou la jalousie même entre ceux qui semblent frères ou égaux, la perversion des actes de bonté procurés à ceux qui incapables de gratitude n'y voient qu'un moyen d'éprouver à l'excès la vie de ceux qu'ils envient. Montrant l'incapacité à aider tous ceux qui le méritent (les chiens) ou que l'on plaint, le récit choisit pour héroïne une aspirante naïve qui avive les appétits des hommes sans réussir à sauver les âmes de ses protégés (encore moins préoccupés par le consentement que son respectable oncle...). Un appel grinçant à la cynique lucidité.