Oui, le meilleur film de Desplechin. Sans aucun doute un des grands films français de ces dernières années, à mes yeux peut-être le plus grand. Pourquoi? Un réalisateur très talentueux accède à la grandeur en radicalisant les traits fondamentaux de son cinéma, tout en s'adressant avec une grande générosité au plus grand public (qui sera prêt à se laisser un peu déstabiliser; espérons qu'il y est encore prêt...). Desplechin a toujours fait des films hybrides qui n'avaient pas de frontières, qui regardaient au-delà des frontières hexagonales, dans l'esprit comme dans leurs références. C'est plus que jamais le cas dans ce film-ci, qui regorge de références (cinématographiques, littéraires, musicales, picturales...) mais en les fondant dans une matière romanesque qui emporte et secoue, qui meut et émeut. Il y a quelque chose de très beau à voir que Desplechin ne fait pas son Bergman ou son Woody Allen, mais que son film les suppose, qu'il ne serait pas le même sans eux, qu'il les a digérés comme toutes ses autres sources. Il a la même croyance qu'eux en la puissance de la fiction, ainsi que de l'exploration des liens entre les êtres, familiaux et amoureux en particulier. Ce que le film dit sur la nature de ces liens, sur le don, sur le jeu, sur tout ce qui fait que les êtres les plus ordinaires sont des héros, voire des mythes (dans la droite ligne de Rois et Reine), tout en étant médiocre comme des humains, tout cela est à la fois magnifique et pathétique, bouleversant et hilarant par moments. Courez-y, un film ayant un style, un vrai, un rythme (pratiquement pas de temps morts dans ce film qui varie les rythmes autant que les humeurs), un fond qui a trouvé sa forme, cela ne court pas les rues. Deplechin est aujourd'hui l'auteur du cinéma français dont la plénitude n'a d'égale que l'audace. C'est merveilleux à voir. Ne le ratez pas!