Sans conteste LE chef d’oeuvre de Brian Singer, injustement boudé à sa sortie mais devenu au fil des années (et heureusement) culte. Autant le dire tout de suite, Usual Suspects est cependant assez difficile à suivre la première fois. Le récit n’est pas linéaire, on met du temps à savoir qui est qui, et l’intrigue policière est complexe. On commence par une scène sur un bateau où s’est visiblement déroulé un carnage, puis on enchaîne sur des gardes à vue qui n’ont à priori rien à voir, un personnage qu’on ne connaît pas joue le rôle du narrateur, bref c’est assez obscur. Mais petit à petit, et même si on ne saisit pas tout, le jeu des acteurs, l’histoire, et surtout l’ambiance du film nous happent littéralement. Le casting est de premier ordre (avec en tête Spacey et Byrne), la mise en scène subtile, et le scénario est diaboliquement paranoïaque. Les personnages sont omniprésents, et surtout celui qu’on ne voit jamais, le fameux Keyzer Söze. Rarement un simple nom évoqué de ci de là n’aura autant hanté la pellicule, et n’aura soulevé autant de questions chez le spectateur. Existe-t-il réellement ? Est-il un anonyme ou bien l’un des personnages principaux ? Et alors qui ? Ce mystère nous tient en haleine jusqu’au bout, et on va de surprise en surprise. La scène finale sur le bateau est un sommet du genre, et jusqu’au tout dernier plan, on ne sait plus à quel saint se vouer. Et sitôt le générique fini, on n’a qu’une seule envie, repartir pour un tour. Car c’est l’immense prouesse que réalise Singer, le film se revoit avec à chaque fois un plaisir intact, alors qu’il est basé sur une révélation finale (sur le mystère Keyzer Söze). Cela permet aussi de mieux comprendre le scénario, et d’apprécier à sa juste valeur son ingéniosité et sa précision.
Je m’arrête là, mais vous aurez compris à quel point j’aime ce film, qui est un véritable chef d’oeuvre de construction et d’interprétation. Le tour le plus rusé que le diable ait réussi, est de faire croire à tout le monde qu’il n’existe pas.