Après l'échec critique du second film réalisé par Tim Burton, ce dernier a donc laissé sa chaise de metteur en scène à Joel Schumacher pour la réalisation de ce nouvel épisode sur le chevalier noir. Profitant du succès des deux premiers films, "Batman Forever" apparaissait alors comme un long-métrage assez intrigant au vu de ce contexte particulier. Malheureusement, loin de la patte artistique très affirmée de Burton, le résultat de ce nouveau volet n'était clairement pas à la hauteur des attentes. Pourtant, même si je sais qu'il est assez facile de taper sur ce film, je tiens à rappeler que son idée de base n'est pas si mauvaise que cela. En revenant vers une approche bien plus cartoon que ce qu'avaient été les films très gothiques et sombres de Tim Burton, on sentait que le projet avait aussi envie d'imposer une identité propre. Le problème de ce film-ci n'est alors pas nécessairement sa base, mais bien plus ce qui a été réalisé à partir de celle-ci. Par exemple, si on parle uniquement de l'aspect visuel, même si ce n'est pas ma tasse de thé, on ne peut pas dire que ce soit en désaccord avec l'esthétique visée. On retrouve bien cet esprit plus coloré dans les décors ou la photographie, avec, notamment, une prédominance des couleurs associées aux personnages des méchants. Cependant, si on doit désormais parler en détails de l'écriture, je trouve le résultat franchement décevant. Malgré la présence de quelques bonnes séquences (notamment celle de l'attaque au cirque), le film nous propose quelque chose de beaucoup trop anecdotique pour que nous puissions pleinement nous investir. Et la principale cause de cela va venir de la gestion des personnages, bien loin de ce que l'on pouvait en attendre. Contrairement aux deux premiers films, où il y avait une vraie réflexion et des thématiques fortes autour des personnages (notamment en ce qui concerne leur monstruosité), tout est bien plus lisse au sein de ce film-ci. Pour commencer, Val Kilmer n'est clairement pas à la hauteur dans le rôle de Bruce Wayne, ne serait-ce que physiquement, ce dernier apparaissant comme un acteur pas assez âgé, surtout au côté d'un Chris O'Donnell qui est censé être bien plus jeune que lui dans le récit. Son développement sera ensuite extrêmement limité, puisqu'il se repose uniquement sur une nouvelle aventure amoureuse. Malheureusement, déjà que l'on a du mal à y croire, car c'est la troisième romance que ce dernier a en trois films, le docteur Chase Meridian ne l'aidera pas à proposer quelque chose de vraiment intéressant, ce personnage étant complètement creux. À part être en admiration devant Batman, elle n'a littéralement rien à raconter, ce qui est donc relativement problématique quand c'est la seule chose qui est censée permettre à Bruce Wayne d'exister. Enfin, si ce dernier reste quand même capable de répondre présent au niveau des scènes d'action, il n'empêche qu'il nous fait fortement regretter Michael Keaton à bien des niveaux. Deuxièmement, j'ai également été déçu par le personnage de Robin, mais pas forcément dans son écriture. L'idée de voir sa relation avec Batman se développait est intéressante par exemple, mais on retombe encore une fois sur ce problème de casting qui empêche la crédibilité de tout cela. Quand on a l'impression que le maître a le même âge que l'élève, ce concept de passation d'idéaux ne peut tout simplement pas fonctionner. Et pour finir, en ce qui concerne les méchants, ce ne sera pas forcément mieux. Le seul personnage un peu sympathique est l'Homme-Mystère, interprété d'une plutôt bonne manière par un Jim Carrey qui propose sa recette habituelle en matière de jeu. Mais à côté de lui, Tommy Lee Jones a clairement du mal à faire exister son Double-Face. Si je m'attendais à ce que l'on développe davantage son passé d'ancien procureur, son personnage semble finalement disparaître au moment même où l'Homme-Mystère entre en jeu, ce qui est fort dommage. Par ailleurs, même si j'ai précisé que j'aime l'interprétation de l'homme en vert, je reste quand même assez peu réceptif à l'humour global du film, notamment dans l'interaction entre ces deux méchants. Certains gags peuvent peut-être vous faire sourire grâce à la performance fantasque de Jim Carrey, mais, au global, les échanges ridicules des deux personnages les empêchent de paraître vraiment crédibles et menaçants pour Batman. En bref, si ce long-métrage avait de louables intentions, via cette idée d'emmener l'homme chauve-souris dans une nouvelle direction, trop peu de choses sont à sauver au sein de ce projet. Il bénéficie certes d'une forte personnalité, mais celle-ci n'est clairement pas suffisante pour offrir un bon film. Pour conclure, un opus un peu trop surprenant.