Bon ben une fois n’est pas coutume, déçu par ce Hitchcock qui est d’ailleurs très éloigné de ce que propose d’ordinaire le réalisateur. Ca sent le film de commande, et le réalisateur n’apparaît même pas en caméo, c’est le seul film où il ne le fait pas. Le gros souci pour moi c’est le manque d’histoire criant. La trame narrative est vraiment insignifiante et ne parvient pas à soutenir l’intérêt sur 70 mn, c’est dire. Le métrage ressemble à une succession de courts mis bout à bout, lesquels nous entraine tous dans un environnement différent, idéalement exotique pour nous divertir. L’idée d’un couple qui s’use dans un contexte qui aurait dû les rapprocher, je dis ok, mais le traitement minimaliste, j’ai presque envie de dire naïf, les retournements de situation trop abrupts, le côté « film de vacances de jadis » dû au manque d’intrigue dénouent l’intérêt initial du film. Heureusement il y a une touche d’humour bienvenue et également quelques idées de réalisation déjà très innovantes à l’époque. Hitchcock expérimente, mais là aussi c’est assez timide et trop occasionnel. Dans l’ensemble, Hitchcock ne se force pas trop et la réalisation reste raide, fixe, dans un style aventure qui se prêtait à un poil plus de fantaisie et d’ambition. Visuellement le métrage est d’ailleurs fait de bric et de broc. Il y a beaucoup d’images qui n’ont pas été tournées par Hitchcock, des prises de vues de spectacles ou d’atmosphères dès lors qu’on échappe au tournage studio minimaliste. Le montage est assez bien fait, mais les différences de grain, de vitesse des images, voire même l’absence de prise de son montre qu’on est dans deux univers différents. A ce propos, je note d’ailleurs qu’on est clairement dans un film qui fait la transition du muet au parlant car il subsiste occasionnellement des cartons et toute l’ouverture du film fait clairement penser à du muet (et c’est à mon sens la plus réussie).
Coté casting c’est correct même s’il n’y a pas de têtes très connues. Les acteurs, surtout Joan Barry, en font un peu beaucoup, comme dans le muet, mais c’est acceptable, car on imagine à cette époque un tempérament un peu plus tranché. L’officier très droit, l’épouse très dévouée, le mari (très bête !)… C’est un peu caricatural, néanmoins les acteurs réussissent quand même à sauver leurs personnages et on se surprend même à la fin à considérer qu’Henry Kendall et Joan Barry forme un couple plutôt très crédible alors qu’on a pu douter par moment au cours du film.
Franchement, A l’est de Shanghaï n’est pas fondamentalement mauvais mais c’est une sorte de fable (le point de départ du film s’apparente d’ailleurs au deus ex machina typique d’un conte) sur le couple qui s’avère franchement mineure. Il y a des moments qui surnagent, tant dans l’humour, la réalisation que l’émotion, mais ils sont trop rares au fil de ce métrage assez paresseux qui en parlant de voyage m’a un peu fait penser à une sorte de pause détente pour Hitchcock. 2