Marc Dugain déjà adapté au cinéma par François Dupeyron avec le très beau La chambre des officiers, s'adapte cette fois lui-même pour son premier film. Ce premier long métrage ne manque pas de qualités tout en ayant un gros défaut de débutant. Ce défaut est une mise en scène vraiment très classique et très académique pour un sujet qui aurait mérité un peu plus de punch et de force. Cela fait aussi parfois un peu trop théâtre filmé. Malgré tout on peut se satisfaire de plusieurs choses. Une certaine ambiance colle bien à l'histoire et on ressent bien ce que devait être la chape de plomb qui couvrait l'URSS à cette époque. La peur au ventre permanente pour chaque citoyen, quelque soit son niveau social. Visuellement les images de Yves Angelo, grand maître français de la photo, sont magnifiques, grises et froides, juste comme il faut. Mais ce qui est vraiment à voir c'est l'interprétation colossale d'un André Dussolier méconnaissable et saisissant en Staline. Certainement le morceau de bravoure de sa carrière. C'est assez troublant. On ne voit plus l'acteur pour ne voir que le personnage. Aussi bon soient-ils l'excellente prestation du couple Marina Hands-Edouard Baer est éclipsée par celle du dictateur russe. Le fait que le film soit entièrement en français ne gâche rien, on y pense même pas. Des esprits chagrins auraient voulu le tout en russe. A part Mel Gibson personne ne tourne de films dans les langues d'origine de l'intrigue et surtout pas les américains, alors ici, y a pas de quoi en faire une affaire...Un premier film honnête donc, qui prévaut surtout pour son interprétation et son ambiance oppressante. On attends la suite pour l'écrivain-metteur.
Comment réussir à passionner les foules pendant une heure et 45 minutes lorsqu'on réalise son premier film et qu'on ne propose qu'un scénario très, très ténu ? On commence par extraire l'histoire d'un roman qu'on a écrit, on prend de très bons comédiens et un directeur de la photographie réputé, Yves Angelo. Et puis on tourne, on monte, etc. Et on finit par présenter un film qui ... pue l'ennui. Oui, c'est bien joué, c'est bien filmé, c'est bien monté, mais le scénario est vraiment, vraiment trop ténu. Pour arriver à le porter jusqu'au bout sans que le spectateur s'ennuie, il aurait fallu un style cinématographique que l'écrivain Marc Dugain ne possède pas, du moins pas encore. Cette vision de Staline et de la magnétiseuse qu'il appelle auprès de lui pour effacer les douleurs physiques qu'il ressent est par trop scolaire, et, malgré le talent de Dussollier et de Marina Hands, les conversations qu'ils ont ressemblent davantage à des conversations de salon qu'aux relations de pouvoir que Marc Dugain souhaitent manifestement nous vendre. On peut penser que Marc Dugain peut devenir un bon cinéaste lorsqu'il aura élaboré un style et lorsqu'il saura développer un scénario. Pur l'instant, ce n'est pas le cas ! PS : on notera que Staline arrive à faire tenir le mouvement lent du concerto pour piano n°23 de Mozart (mon préféré, KV 488) comme 2ème morceau d'un 78 tours, dont une face ne pouvait accueillir que 5 minutes de musique. Ce mouvement lent durant 6 à 7 minutes à lui-seul, chapeau l'artiste !
Une dramaturgie bien maîtrisée pour cette œuvre qui évite les écueils du théâtre filmé. Sans doute Marc Durain n’a pas encore la griffe d’un grand cinéaste mais la force de certaines séquences (notamment les longs travellings dans les couloirs du Kremlin) est plus que prometteuse. Impeccable trio d’acteurs.
On aurait aimé aimer ce film français qui sort des sentiers battus et réunit d'excellents acteurs. Pourtant, malgré une toujours lumineuse Marina Hands et un étonnant Edouard Baer, on reste sur une impression de brouillon inachevé. Pour adapter un roman avec aussi peu de moyens, il aurait sans doute mieux valu en faire une pièce de théâtre. Le film n'a aucune des qualités cinématographiques que le spectateur attend aujourd'hui d'une fiction censée se dérouler à Moscou dans les années 50.
J'ai vu un film... après avoir lu le roman du réalisateur, et on sent que malgré son envie de vouloir prendre en charge SON film, il y a un peu de maniérisme dans la réalisation... Chaque comédiens réalise sa prestations avec talent, et notamment André Dussolier qui incarne un Staline matois, d'une immense violence intérieure, et en même temps victime d'une grande souffrance... Il s'agit d'un exceptionnel numéro d'acteur. Edouard Baer, Marina Fois, mais également tous les seconds rôles (Denis Podalydès, Tom Novembre...) sont vraiment bien... L'ambiance soviétique triste de cette époque est vraiment bien restituée, mais malheureusement, et cela tient à peu de choses, on sent trop la réalisation "Téléfilm"... L'image, la couleur, le son ne sont pas assez travaillé, et du coup, m'ont empêché de rentrer à fond dans ce film. De plus, et encore un élément qui m'a empêché de rentrer dans le film, c'est le choix du français... Il aurait pu être encore plus fou de faire tourner ces acteurs en russe VOST... Un pari ultra-fou...
Les relations difficiles entre un médecin peu ordinaire et Staline en fin de vie. Un film audacieux et brillant, où les personnages se manipulent ou se laissent faire. Une mise en abîme du stalinisme très bien interprêtée et écrite. Un des meilleurs films français de ces dernières années.
Ce n'est pas si fréquent de voir le cinéma français grand public s'intéresser à autre chose que les émois germanopratins ou les images d'Epinal de l'Histoire de France. Je ne devrais donc pas bouder mon plaisir devant l'ambition de Marc Dugain, à la fois dans le choix du sujet, la fin du règne de Staline, et dans la forme retenue, à savoir celle d'un film en français avec un casting hexagonal. Après tout, le cinéma américain ne se gêne pas de tourner "Mémoires d'une Geisha" en anglais, et le fait que les dialogues "Lettres d'Iwo Jima" aient été joués en japonais avait été souligné comme une anomalie dans la production hollywoodienne.
Marc Dugain fait partie de cette cohorte croissante, celle des écrivains qui deviennent réalisateurs. Si certains s'en sortent honorablement (Emmanuel Carrère avec "La Moustache", par exemple), ils sont plus nombreux à illustrer le fait qu'écrivain et réalisateur, ce sont deux métiers différents (Alexandre Jardin, Michel Houellebecq et Eric-Emmanuel Schmitt, pour ne citer qu'eux). Dans une interview à Allociné, Marc Dugain montre au moins une certaine rélexion cinématographique, justifiant par exemple le choix de filmer à l'épaule pour illustrer la peur tout en s'opposant à la mode parkinsonienne que je dénonce à longueur de critiques.
Le choix de faire comprendre l'oppression quotidienne du peuple soviétique sous la tutelle satlinienne en s'attachant à des personnages quelconques comme Anna et Vassili n'est pas à remettre en cause, et la description de la surveillance mutuelle et le chantage permanent à la dénonciation ("Personne ne peut protéger personne, mais tout le monde peut dénoncer tout le monde") fonctionne plutôt bien, symbolisés par les deux excellents sociétaires de la Comédie Française, Denis Podalydès en concierge antisémite et Grégory Gadebois en chef de service libidineux.
De même, l'incarnation de Staline par l'acteur primesautier de Pascal Thomas et d'Alain Resnais s'avère être finalement plutôt une bonne idée ; André Dussolier campe le dictateur avec un calme et une retenue qui rendent cette bonhommie encore plus menaçante, et même s'il est parfois un peu engoncé dans son maquillage, sa vareuse et sa bouffarde, il réussit plusieurs fois à donner vie à sa statue du Musée Grévin.
Non, ce qui ne permet pas au film de se hisser au niveau des ambitions annoncées, c'est à la fois une réalisation molle du genou et des dialogues trop littéraires du type : "Tu es tellement habituée au malheur que quand il n'y en a pas, tu es malheureuse", "Je n'ai pas le pouvoir de t'attribuer un logement, je ne suis que Staline", ou "N'oublie pas tes mains, je viendrai avec mes douleurs". L'absence de rythme rend encore plus criant le manque d'épaisseur du scénario, et certains choix revendiqués se retournent contre l'intension affichée, comme la photographie maronnasse et l'abus de courtes focales qui finissent par fatiguer l'oeil.
Et puis, il manque la dimension russe à ce film essentiellement tourné en studio à Bry-sur-Marne (ce qui explique le réveil Japy dans la chambre d'Ana ?). Il faut dire que je viens de voir "Tsar" (critique à venir), et la comparaison est cruelle pour le film Marc Dugain, qui apparaît aussi slave que le regard d'un entomologiste sur une mante religieuse. Ce n'est pas le fait que les dialogues soient dits en français qui pose problème, c'est plutôt le fait que ça souligne de façon criante que cette histoire aurait pu se passer dans n'importe quelle dictature. J'ai assez sévèrement critiqué "Le Concert", mais j'avais apprécié la folie moscovite de la première partie. C'est cette absence de russitude, plus encore que le manque de rythme et d'épaisseur de l'intrigue qui font d'"Une exécution ordinaire" un film lui aussi bien ordinaire. http://www.critiquesclunysiennes.com
Les personnages sont un passé dès que débute le film ; cela présage de la qualité de l'histoire. Excellente distribution. Nous sommes plongés dans cette époque où la peur d'être dénoncée régnait en maître, la surveillance était de mise (le gardien de l'immeuble à l'affût du moindre passage, du moindre bruit est bien mis en valeur). Dussolier en Staline est magistral. A ne pas manquer.
Monstre de prétention cynique se masquant derrière de belles paroles faisant référence au peuple - qu’il massacre - Staline/Dussolier est époustouflant de vérité !
Dans un système établi sur la délation, la menace est omniprésente : le concierge antisémite, le voisin râleur, le collègue sexiste et harcelleur. Au sein du système enclos par le dogmatisme, la hiérarchie rigide et obséquieuse fait le jeu de l’arbitraire et du despotisme…
Alors s’expriment les pires tendances de la bête humaine : veulerie, jalousie, méchanceté, machisme.
La vie même devient un piège. Aimer c’est, dans un système forclos et dictatorial, se mettre en danger.
Staline a mis en place, en le poussant à son paroxysme, une sorte de « principe de précaution» : tout individu doit servir sans rechigner le pouvoir, être à sa botte, se soumettre comme un esclave docile… L'être devient l'individu... Unité de fonctionnement d'une machine à broyer! C’est brutal, froid, kafkaïen… Les beaux mots de peuple, liberté, égalité, fraternité sont détournés pour servir une tyrannie nationaliste, raciste et complètement fermée à toute réflexion sur l’Humain.
Pour survivre, le dictateur doit créer un climat où chacun devient son double. Ou chacun est pris au piège. Ou l'enfer c'est les autres! Multitude de salauds anonymes, ordinaires et trouillards, qui espèrent éviter, vainement, d’être écrasés.
Marc Dugain nous livre le portrait d’un tyran raisonneur qui tient presque des conversations de salon mondain… Et c’est d’ailleurs, là, la faille du film. Tout le contraire du véritable Staline qui était plus proche du plouc décérébré, colérique, violent et incapable de comprendre quoique ce soit dans le domaine artistique et/ou scientifique… Témoin Chostakovitch écarté parce que trop moderne (« le peuple ne peut même pas fredonner un air de sa musique »).
On reproche à Dugain le rythme lent de son film, sa monotonie, ses couleurs bistres, ocres et siennes… Pour moi ces « défauts » servent le propos de l’auteur : la laideur d’un système, d’une société en décrépitude… Ces carrelages sales, ces murs décrépis, ces appartements délabrés, ces blouses non repassées et suspectes, tout cela pourrait desservir le récit par une apparente exagération… Mais il ne faut pas perdre de vue que ces éléments soutiennent le film en créant un climat glauque, nauséeux. A nouveau, comme dans « Le couperet » de Gavras, par exemple, les choix esthétiques de l’auteur servent à narrer une histoire symbolique, un conte historique.
Et ce propos est servi par des acteurs au top niveau : Marina Hand et André Dussolier bien évidemment… Mais aussi Edouard Baer et D. Podalydès. Une réserve cependant concernant Tom Novembre bien meilleur chanteur, ou graphiste, qu’acteur…
Pour terminer je ferai remarquer que notre bienveillant néo-libéralisme qui est, selon les critères assénés par les mass-médias, le garant contre le surgissement inopiné d’une nouvelle dictature est tout aussi liberticide. Quand ils parlent de « liberté » c’est de la liberté de sous payer et d’avoir des esclaves qu’ils entendent. Quand ils parlent de droit et d’égalité, c’est une égale soumission au pouvoir de l’argent qu’ils revendiquent pour tous. Quand ils parlent de fraternité c’est de l’entr’aide entre personnes d’un même réseau, d’une même famille qu’ils évoquent. C’est le détournement et la rigidification des concepts qui forgent les dictatures !
Pour être très honnête, "Une exécution ordinaire" n'est vraiment pas le genre de films qui provoque l'enthousiasme. On a à plusieurs reprises tendance à s'ennuyer, tandis que la mise en scène de Marc Dugain paraît régulièrement limité, notamment d'un point de vue technique... Mais le film ne démérite pas pour autant. En effet, le sujet est suffisamment grave et marquant pour que l'on s'y intéresse du début à la fin, l'angoisse ressentie à l'époque par beaucoup de Russes étant globalement assez bien rendue. Dommage toutefois que l'interprétation soit aussi inégale, car si André Dussolier et Marina Hands s'en sortent de belle manière, on n'en dira pas autant de plusieurs seconds rôles et d'Edouard Baer, très décevant dans un registre dramatique. A noter également une fin moyennement convaincante... Un sentiment très partagé donc que celui que l'on a pour cette "Exécution ordinaire" au fond tout à fait honnête, mais loin de nous captiver autant que l'on aurait souhaité... Dommage.
Un sujet pas évident, en tout cas peu vendeur : dresser un portrait de Staline en fin de règne par l'intermédiaire de sa relation avec un médecin. Mieux vaut être intéressé par le personnage pour se déplacer en salle. Le scénario est assez décevant dans l'ensemble, démonstratif et parfois même peu crédible. Le réalisateur prend également le risque de réécrire la mort de Staline. D'un autre côté Marina Hands est parfaite et Dussolier, quelque peu noyé dans son maquillage, s'en sort honorablement. Il campe un Staline fatigué, inquiétant, dangereux, manipulateur et solitaire... Caractéristique du dictateur en bout de course. Une semi-réussite.
"Une exécution ordinaire" est un film à l'histoire intéressante. Effectivement, les mécanismes d'une Dictature, de la Terreur sont montrés, avec la mise à l'écart des gêneurs, obligation de venir en aide à Staline... Mais ce qui est plus remarquable que tout dans ce film, c'est notre André Dussollier national. Qui prouve une bonne fois pour toute qu'il est un acteur exceptionnel. Il entre dans la peau de Staline de façon remarquable. Il lui ressemble, s'en est troublant ! Il est grandiose. De plus, il est entouré d'une excellente Marina Hands. Edouard Bear quant à lui est beaucoup moins enthousiasmant. Il faut aussi noter que les dialogues notamment ceux entre Staline et Ekaterina sont superbes. "Les hommes doivent accepter, qu'à tout moment, sans raison précise, on puisse les ramener à cette forme absolue de modestie qu'est la mort". Staline nous est présenté comme étant un homme "amical" et modeste mais également très autoritaire et intransigeant. Il manque cependant quelque chose au film pour le rendre émouvant et vraiment touchant. on regrette certainement que ce soit tourné en français, en russe cela aurait été plus authentique. Cependant à voir pour l'excellentissime André Dussollier.
Le propos était intéressant et c'est une bonne chose qu'il y ait enfin un film traitant de la terreur sous le régime de Staline, malheureusement Marc Dugain aborde mal ce sujet en donnant à son film un rythme lent (comme pour la plupart des drames historiques français) très indigeste. A noter tout de même une bonne reconstruction et un André Dussollier métamorphosé par se maquillage très convaincant. "Une Exécution Ordinaire" nous montre clairement cette époque troublée pendant laquelle rien n'est acquis mais assomme le spectateur par son rythme lancinant.
Un peu austère. Un peu mou. Un peu trop académique. Ces côté négatifs peuvent s'avérer positifs: pas de fioritures, rien d'inutile, tout en sobriété, des acteurs justes, et un peu de suspens. L'ensemble est correct.
La dernière année de sa vie, Staline fait appeler une femme médecin magnétiseur. D’après le livre qu’il a écrit, Dugain décrit la vie de cette femme contrainte au secret, et il dresse par la même occasion un portrait du petit père des peuples. Sujet original donc, film intimiste, sans effets spéciaux, sans scènes de violence, sans tortionnaires visibles, centré sur les relations de cette femme avec son mari, ses collègues, et le dictateur. Et cela suffit à faire partager l’angoisse qui devait régner alors, à imaginer les méfaits perpétrés derrière les hautes façades lisses de certains bâtiments officiels de Moscou ; le Staline intime que découvre ce médecin, pour ordinaire qu’il soit, n’en est pas moins effrayant. Pareille film ne pouvait être réussi que si les comédiens avaient la crédibilité nécessaire, et ils l’ont. Marina Hands joue tout en retenue, devenant par là-même bouleversante, prise qu’elle est dans un piège sans issue honorable. Dussolier, méconnaissable, campe un Staline patelin, calme, manipulateur égal à lui-même malgré la fin de vie qu’il sent proche. La transformation physique de l’acteur est telle que le réalisateur a osé mettre en continuité sa supposée agonie avec des extraits d’actualités montrant les funérailles réelles de Staline. Une production à l’approche originale, une dénonciation latérale mais efficace de la dictature, et la découverte d’un réalisateur qui pourrait encore étonner.