Ken Loach a encore réalisé un film remarquable, et comme d'habitude il a ses détracteurs farouches. Quand il était trop didactique, on le lui reprochait amèrement; maintenant qu'il l'est moins, on lui dit qu'il faudrait qu'il explique sa pensée. Quand il était franchement du côté des opprimés, et volontariste dans sa peinture de la réaction collective à avoir pour faire face aux oppresseurs, cela n'allait pas, mais cela ne va toujours pas quand il montre le trajet d'Angie sans le faire dévier et sans faire de commentaire qui serait extérieur au personnage. On lui reproche par ailleurs de ne pas faire du cinéma, au motif que ce film, comme les autres, montrerait un quotidien sans relief. Combien de malentendus et de mauvaise foi! Ce film illustre une nouvelle fois la capacité de Ken Loach et de son scénariste Paul Laverty a être en prise directe avec la façon dont nos sociétés fonctionnent, et c'est bien sûr dans cette optique qu'on peut dire qu'il s'agit de cinéma d'intervention, qui veut agir sur le réel et sur les spectateurs. Mais ces films sont très dramatisés, et ne refusent ni les rebondissements, ni l'émotion, même si elles ne les programment pas comme les machines hollywoodiennes. Refuser de voir à quel point ces scénarios sont structurés, certes en faisant rentrer le maximum de vie à l'intérieur de ces structures serrées, me semble se tromper complètement sur la marchandise. Par ailleurs, si le film ne juge pas son personnage - qu'aurait-on dit s'il l'avait fait?! - il n'oublie pas de montrer comment la liberté de choix de l'individu, réelle, est limitée par la pression exercée par le système. Angie est comme nous tous, elle a le choix d'avoir une conscience et une morale, mais est-ce un luxe qu'elle peut se permettre, elle qui a si bien compris et intégré les impératifs de la réussite individuelle, si bien mis en avant aux Etats-Unis, en Angleterre, et dorénavant dans notre beau pays de France? Un film non manichéen et passionnant à voir absolument.