Depuis le fameux "Projet Blair Witch" sorti en 1999, le genre du « found footage » s’était fait assez rare sur les écrans de cinéma ; mais, depuis 2005, ce genre effectue un timide come back avec quelques péloches ("Zombie Diaries", "The Butcher") qui explosera au grand public avec l’inattendu mais sympathique "Cloverfield". C’est alors que débarquent de leur Espagne natale Paco Plaza ("L’Enfer des Loups", "Les Enfants d'Abraham") et Jaume Balaguero ("Darkness", "La Secte sans Nom", "Fragile") avec leur "[REC]" le 23 avril 2008 (sortie française), date qui marquera à jamais les amateurs de film d’horreur. Les deux compères nous proposent un concept simple mais à la fois expérimental et efficace : un point de vu unique, celui d'une caméra qui enregistre en direct tout ce qui se déroule sous son objectif. Et pour justifier cela, le récit suit une équipe de TV composée d'une jeune journaliste et de son caméraman qui s'installe dans une caserne de pompiers à Barcelone pour filmer toute une nuit de travail. Un appel de détresse les amène à accompagner une unité à l'intérieur d'un immeuble pour secourir une vieille femme... Conscients que leur concept est tout de même assez casse-gueule, les deux espagnols savent qu’ils doivent faire simple mais fort pour marquer les esprits, et pour cela, un seul mot d’ordre leur vient à l’esprit : réalisme. Pour obtenir une impression de réel absolu, il faut faire en sorte que le spectateur croire réellement voir une émission filmée en directe, et pour cela, Plaza et Balaguero optent pour un exercice de mise en scène périlleux mais qui va s’avérer payant : le plan-séquences. En effet, "[REC]" est entièrement composé de plusieurs plan-séquences plus ou moins long dont la réalisation tient au tour de force le plus absolu : avec le plan-séquences, tout doit être préparé et fait au millimètre, laissant peu de place au hasard, surtout lors de passages avec effets spéciaux en direct (qui, au passage, sont extrêmement bluffants !). Même les acteurs, conscients qu’il ne sera pas possible de refaire 50 fois une scène, sont très concernés et font tout pour ne pas s’ensiler même lorsqu’ils improvisent. Cet effort se traduit à l’écran par des prestations hautement convaincantes qui rajoutent un plus au réalisme du film. Si on ajoute à cela une maîtrise parfaite de la caméra et une utilisation géniale de la lumière, "[REC]" est une véritable démonstration technique en matière de mise en scène ! Mais il ne faut pas juste se dire que le film n’est qu’un magnifique emballage autour d’une coquille vide : au contraire, cette réalisation permet de livrer des moments de terreur très efficaces lors des attaques des « monstres » puisque ces derniers, très vifs (oui : ils sont plus proches des infectés de "28 Jours Plus Tard" que des zombies des films de George Romero), déboulent comme des dératés et assaillant le cadre et donc, par conséquent, les spectateurs.Et oui : "[REC]" est un film qui fout carrément la trouille (grâce notamment au choix judicieux d’un immeuble comme lieu de l’action qui donne une atmosphère très anxiogène, ainsi que par la bande sonore qui est particulièrement éprouvante et qui participe beaucoup aux nombreux moments de peurs que nous réserve le récit) et ce, jusqu’à cet ultime climax terrifiant (et diaboliquement efficace !!). "[REC]" est donc plus qu’un honnête successeur au "Projet Blair Witch" en matière de « found foutage » : une véritable petite bombe dont le concept donne lieu à une performance technique époustouflante et un bijou d’effroi. Je pense tout simplement que Paco Plaza et Jaume Balaguero viennent d’entrer dans la légende du 7ème art en nous livrant tout bonnement LE film d’horreur des années 2000 !