Franchement, je terùine le film avec un goût amer. Marche ou Crève avait un potentiel énorme : le roman de Stephen King (sous le pseudo Richard Bachman) est puissant, cruel, et plein de tension. Mais sur grand écran, ça se disperse, ça s’essouffle, et surtout ça trahit une part de ce qui rend le livre marquant.
Dès le début, on sent que le film veut être fidèle, mais il bâcle beaucoup trop de choses. Les personnages manquent de profondeur, on ne ressent pas vraiment leur peur, leur désespoir — ça reste superficiel. Cooper Hoffman et David Jonsson font le boulot, mais leur alchimie n’est pas assez exploitée pour nous arracher des émotions fortes. On survole leur souffrance plutôt que de la vivre.
Le scénario accumule les libertés qui affaiblissent le propos originel : d’accord, on doit adapter, condenser, mais ici certains choix scénaristiques nuisent au fond – la fin est moins ambiguë, certains enjeux politiques ou symboliques sont estompés ou simplifiés trop grossièrement. On a l’impression que le film veut aller vite, mais au bout du compte, il perd le poids de la dystopie.
Sur le plan visuel, le film est correct : beau rendu, quelques scènes fortes, une ambiance oppressante. Mais même là, la réalisation hésite : certains plans sont efficaces, d’autres lisses, prévisibles. Et les moments censés provoquer un choc ou une émotion restent souvent attendus, sans surprise.
Ce qui me dérange le plus, c’est ce déséquilibre : l’idée d’une compétition mortelle, d’un régime autoritaire, tout ça pourrait porter un vrai message. Mais le film ne va jamais jusqu’au bout. Il ne prend pas assez de risque, il édulcore ce qui pouvait être dérangeant dans le roman. Et au final, on sort du film avec l’impression d’avoir vu une bonne idée gâchée.