Quand on se lance dans une adaptation aussi périlleuse dont les 2 piliers sont la souffrance ultime et la mort, nous aurions pu imaginer que le réalisateur, avant d'empoigner sa camera, ait l'idée saugrenue de chausser une paire de chaussure et se coltine 40 bornes pour savoir dans quoi il s'embarque. S'il l'avait fait, je pense qu'il nous aurait épargné une telle bouillie !
Faites l’expérience d'une rando en jean, chemise et sacoche velours en bandoulière et vous verrez si vous conservez très longtemps une foulée souple et aérienne !. Jamais on ne ressent des corps meurtris par les chocs et la douleur, jamais on ne voit les démarches se disloquer sous l'effet d'une souffrance inévitable, exponentielle, implacable. Oh il y a bien quelques essais de nous attendrir mais les contrastes entre concurrents sont tels, et tellement surjoués, que s'en est simplement risible !.Je marche, tu marches, nous marchons mais pourquoi d'ailleurs ? on ne le sait pas ou très peu : une guerre passée, une dictature, un général plus que caricatural... ?. il parait d'ailleurs que cette marche est filmée, que la nation les regarde, que c'est l'attraction de l'année, que les gladiateurs sont sur le bitume... et puis pschitt, on laisse tout cela au bord de la route tout juste le départ donné. Et puis ça cause, ça cause, … s'en est même plus fatiguant que de marcher. Francis Blanche nous le dirait : étonnant chez ces marcheurs le besoin de faire des phrases alors qu'ils ont si peu à dire et qu'une énergie folle devrait rapidement être nécessaire pour conserver la volonté de simplement de mettre un pied devant l'autre. Plus de 300 bornes, 4 jours et nuits sans dormir et les démarches, les tenues impeccables ou presque. La même que celle de votre voisin qui se fait violence un dimanche matin pour allez chercher son pain. Des philosophes de comptoir quittent la route sans nous arracher le moindre sentiment. Nous sommes ni tristes, ni horrifiés ni inquiets à l'idée de connaître le prochain. Les personnages sont à peine effleurés, le blanc, le noir, le jaune, l'intélo, le rigolo, le taré, le costaud : toute la panoplie est là. Niveau inclusivité, on est bien ! Mais mon dieu que ça joue mal, rien ne se dégage de cette marche de la mort d'opérette que l'histoire, la vraie, à pourtant encré dans les mémoires ...
Bref, partez en balade et plongez vous dans le bouquin. Je l'ai lu il y a belle lurette et j'en conserve encore de vagues souvenirs et frissons tandis que ce navet est déjà oublié.