"La peur fige la pensée. Et ici, elle semble avoir paralysé la créativité de Francis Lawrence et de son scénariste . Mollner, qui trébuchent lourdement sur une œuvre pourtant taillée pour une course de fond radicale et visionnaire contre les dérives autoritaires et les formes modernes du fascisme. Marche ou crève est un titre au souffle court, aussi évocateur que menaçant, mais le film peine à tenir le rythme. Privé de tension, il reste en surface, ratant son virage politique et déraillant dans sa tentative d’explorer la condition humaine. Et pourtant, tout était là : la douleur, la psychologie, l’endurance… Autant d’éléments abandonnés en chemin."
"Le concept est simple et efficace : cinquante adolescents doivent marcher à 5 km/h, sans jamais s’arrêter. Trois avertissements, puis l’exécution. Seul le dernier survivant sera récompensé d’une belle fortune et d’un vœu de son choix. Une mécanique cruelle, qui aurait pu accoucher d’un film haletant, entre rituel initiatique et marche funèbre. Mais à l’écran, le souffle manque. L’ambition collective s’effrite, et la route se réduit à un face-à-face entre deux figures : Ray Garraty et Peter McVries."
"Le reste du groupe ? Un décor mouvant. Malgré la réduction de l’effectif (50 marcheurs au lieu des 100 du roman), la majorité des personnages restent des silhouettes au bord du chemin. Le scénario esquisse à peine leurs espoirs, leurs peurs et leur camaraderie forcée. Il n’en reste qu’un croquis de solidarité ou l’ombre d’un collectif. Seule l’alchimie entre Ray, rongé par des pensées sombres, et Peter, énergique et solaire, apporte un peu de chaleur à cette marche froide. Ensemble, ils avancent, l’un portant l’autre, jusqu’à ce que leurs pas deviennent une forme de résistance, un dialogue en mouvement. Mais dans cette compétition sans ligne d’arrivée, même le vainqueur est perdant. La souffrance semble sans limite."
"Et le comble de l’ironie, c’est que cette marche qui devrait s’intensifier, s’alourdir, devenir presque insoutenable à mesure que les concurrents s’effondrent, perd tout sentiment d’épuisement dans son dernier acte. Le film avance sans fatigue visible, sans tension palpable. On sent à peine le poids des kilomètres ni la décomposition physique ou mentale des survivants. Le dénouement arrive sans climax, sans véritable montée dramatique, comme si le film s’était arrêté de transpirer. Une ligne d’arrivée atteinte sans douleur, sans souffle et sans suspension. L’endurance promise n’est plus qu’un geste mécanique vidé de sa portée émotionnelle et narrative. Un contresens, pour un film censé raconter la lente agonie."
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