Ce qui frappe d'emblée avec Terrence Malick, c'est la richesse des sens, le ton intelligence supérieure alliée à la délicatesse sensible, la photo léchée et surtout l'aspect choral, car la musique, sublime, est un personnage à elle seule ; enfin le souci et le respect de l'autre, tout autre . Ainsi tout fait sens avec lui. Or avec la Ligne rouge, nous assistons à une nouvelle manière de filmer ainsi qu'à une nouvelle forme de narrativité. Et cette manière ou façon est en fait une nouvelle approche phénoménologique dont le but est de déceler les essences humaines et de nous les révéler de façon inédite au cinéma et peut-être même en littérature. Chaque plan équivaut à une peinture de maître, dont l'architecture sensible est cathédralesque. Dans ce film nous assistons à une explosion fractale du sens, ce qui nous procure une élévation de l'âme et nous incite à la réflexion philosophique et théologique.
L'Histoire veut les Américains vainqueurs à Guadalcanal, les Japonais vaincus. Mais Malick ne nous dit-il pas, en fait, qu'il n'y a pas de vainqueurs, mais que des perdants, puisqu'on a brisé la chaîne des fraternités ? En effet, il n'y a pas de parti pris dans ce film, la Dignité est rendu aux Japonais comme aux autres, Américains et Mélanésiens. C'est l'enfer au paradis.
Le thème de l'innocence perdue traverse le film, thème qui sera repris et creusé dans le suivant, le Nouveau monde. Les flashs-back d'une beauté pure sur l'histoire d'amour du soldat Bell (Ben Chaplin) et sa femme sont idéalisés. Ou plutôt universalisés. Mais n'est-ce pas le propre du souvenir d'idéaliser, selon les circonstances ? A fortiori à cause de l'éloignement, du manque et surtout de l'incertitude de revoir sa belle ? Le réalisme du film est juste, précis, intelligent -- supérieur.
Si l'on devait résumer en un seul mot l'oeuvre la Ligne rouge et partant toute l'oeuvre de Terrence Malick, exercice difficile certes, mais sans aucun doute ce serait le mot GRÂCE. Car même le mourir dans la Ligne rouge est grâce, par exemple la scène où le soldat Kirk (Woody Harrelson) meurt dans les yeux, oui, les yeux du soldat Witt (Jim Caviezel). Du jamais vu auparavant.
Film réflexion sur le mal, l'amour, la mort, la fraternité, la dignité et aussi sur la foi, la beauté, la bonté, ce film novateur aux réflexions métaphysiques et religieuses est un film total. C'est, selon moi, le plus beau film de toute l'histoire du cinéma. Et Terrence Malick est le plus grand cinéaste actuel mais aussi de tous les temps. C'est aussi un grand humaniste chrétien, hors des chapelles.
note : 19,5/20 ou 5/5
N.B. : En 2011, avec The tree of life, Malick va encore, par le truchement de son génie créatif, inventer de nouveaux modes de narrations et réinventer le cinéma ; il a pourtant presque 70 ans.