Paul fait partie de ce genre de films qui n'aurait jamais vu le jour il y a trente ans, tout simplement parce qu'il n'aurait eu aucune matière sur laquelle se reposer. C'est une sorte de film-hommage, destiné à une génération bien précise, les nostalgiques des nineties. Il puise dans la culture SF des quatre dernières décennies pour livrer une œuvre faite de plaisirs sucrés et d'humour piquant. À la manière d'un Fanboys, qui empruntait la même direction – celle du road trip déjantés avec des geeks maladroits – le film explore les destinées individuelles de ses personnages en les rassemblant autour d'une quête majeure, sans oublier d'introduire le charme rafraîchissant d'une romance insolite.
Ce duo de potes anglais, des trentenaires aux âmes d'adolescents qui partent à la découverte de l'Amérique, va vivre une aventure à la hauteur de leurs œuvres favorites. Leur voyage va devenir de plus en plus explosif et de plus en plus dangereux suite à la rencontre avec le petit homme vert : Paul. Attraction principale du film, son attitude cool, son humour à toute épreuve et sa facette héroïque en font un personnage aux traits finalement très humains. Le doublage effectué par Seth Rogen en témoigne, c'est un type comme les autres, en un peu plus fou, qui prend place à leurs côtés, pas un extraterrestre craintif. Et c'est là que réside toute la force du film, de parvenir à faire oublier par moment aux spectateurs les origines de Paul tant ses côtés humains ressortent sans cesse.
Le film se transforme en course-poursuite, en course contre la montre, ponctué de rencontres et d'évènements cacophoniques. L'intégration de Ruth au trio, cette fanatique religieuse perdant peu à peu ses convictions, donne un second souffle au film ce qui provoque en nous une absence totale d'ennui et aucune impression de répétitivité. Certes le film ne va pas au-delà de ses ambitions premières (et c'est tant mieux) mais il s'assure au moins de tenir sur la longueur, gardant sa fraîcheur constante et ses surprises épisodiques. Greg Motolla, auteur du désormais culte SuperGrave, sait cibler et toucher son public, concoctant une œuvre qui saura ravir les amateurs du genre. Il rassemble une partie de sa troupe habituelle et c'est une réjouissance que de voir un casting aussi fun qui prend plaisir devant la caméra et qui communique ce plaisir.
Paul reste dans les cordes qui sont les siennes, une aventure aux teintes déjantés où les personnages se complètent à merveille et où le récit part dans tous les sens pour mieux se recentrer et exploser en véritable feu d'artifices. Les dialogues et les situations aussi cocasses que plaisantes s'enchaînent sans lourdeurs. C'est donc un agréable moment que l'on passe derrière l'écran, sans être transcendant ou inoubliable, mais juste ce qu'il faut pour rester un bon souvenir.