Sorti en 1974, « Je, tu, il, elle », premier long métrage de la belge Chantal Akerman, émule de Jean-Luc Godard, est du cinéma d’auteur pur jus, radical et anti-commercial. Le film en noir et blanc est découpé en trois parties :
Je, tu : dans une pièce, des jours durant, une fille (interprétée par Chantal Ackerman elle-même, également voix-off introspective) change les meubles de place, tourne en rond, écrit frénétiquement sur des pages volantes, les déchire, mange goulûment du sucre à la cuillère, s’allonge sur un matelas, se met nue, regarde par la fenêtre. Un jour, elle part.
Il : La fille est prise en stop par un routier (Niels Arestrup) avec qui elle noue une amitié taiseuse. Ils font la route et mangent au restaurant sans se parler, se sourient. Un jour, au volant du camion, l’homme s’épanche longuement auprès de la fille sur ses relations avec les femmes.
Elle : La fille rejoint dans un appartement une autre fille qui lui fait des tartines puis, nues dans un lit, elles se livrent à des ébats qui s’apparentent davantage à de la lutte gréco-romaine (dont Abdellatif Kechiche » a dû s’inspirer pour « La Vie d’Adèle »). Au matin, la fille quitte la chambre sans un mot.
Je, tu, il, elle, c’est aussi nous qui nous sommes royalement emmerdés devant ce film poseur, hermétique, sans queue ni tête et si on n’a rien compris, c’est parce qu’il n’y a tout bonnement rien à comprendre. Ça reste toutefois une expérience de cinéma.
L’année suivante, Chantal Akerman réalisait « Jeanne Dielman 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles », élu meilleur film de tous les temps par un magazine britannique spécialisé en 2022. Dans ce film très long (3h30), éprouvant et déconcertant, qui enchante ou rebute, on peut voir dans le rôle-titre l’élégante Delphine Seyrig paner des escalopes et rater la cuisson des pommes de terre.