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Arkab Prior
5 abonnés
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5,0
Publiée le 11 mai 2026
C'est charmant, drôle, romantique et légèrement inquiétant. Cette comédie super classique est un bonheur et pourrait être bien sûr montée au théâtre. Je l'ai vue pour la première fois dans un vieux cinéma parisien, dans un quartier pittoresque de la ville, et c'était le lieu idéal pour découvrir cet indémodable classique de 1946 de Frank Capra.
Tourné en 1941, juste avant que Frank Capra ne rejoigne l'armée américaine, « Arsenic et vieilles dentelles » ne sortira pourtant qu'en 1944, les producteurs de la pièce originale de Joseph Kesselring ayant exigé que le film attende la fin de son immense succès à Broadway. Capra profite d'ailleurs pleinement de cette origine théâtrale en conservant presque intégralement l'unité de lieu et de temps : l'essentiel de l'action se déroule dans le salon des deux vieilles dames, transformé en une véritable scène où les personnages entrent et sortent sans cesse dans une mécanique de précision. Dès les premières minutes, le film repose sur un renversement permanent des apparences. Les deux adorables vieilles tantes, incarnation même de la respectabilité bourgeoise, empoisonnent charitablement de vieux messieurs esseulés ; un frère se prend pour Theodore Roosevelt, tandis qu'un autre ressemble à Frankenstein après une opération de chirurgie esthétique pratiquée par un médecin alcoolique. Dans cet univers où la folie devient la norme, Cary Grant campe avec une énergie irrésistible l'homme raisonnable emporté malgré lui dans un tourbillon de plus en plus délirant. « Arsenic et vieilles dentelles » n'est certes pas une comédie élégante et sophistiquée à la manière, par exemple, de « Charade » de Stanley Donen, mais une screwball comedy particulièrement atypique où l'humour noir, l'absurde et le macabre se mêlent avec un sens du rythme remarquable. Derrière le rire affleure même une légère satire de la respectabilité sociale et de la frontière parfois ténue entre normalité et folie. Capra orchestre l'ensemble avec une virtuosité constante, dans une mise en scène qui transforme les contraintes théâtrales en atouts cinématographiques. La mécanique est admirablement huilée, le rythme proprement étourdissant, et l'interprétation de très haut niveau. Si Cary Grant déploie ici une extraordinaire énergie comique, Peter Lorre, en faux savant inquiétant et pathétique, ainsi que Raymond Massey, irrésistible caricature de monstre de film d'horreur, apportent une savoureuse touche fantastique à cette comédie noire devenue un classique.