Oeuvre de Stanley Kubrick encensée par un chœur unanime de cinéphiles et souvent vue comme l'un de ses plus grand chef-d’œuvres, Barry Lyndon m'a quelque peu laissé sur le carreau. Précisons d'abord, simplement pour information et sans jugement de valeur, qu'elle résulte de l'impasse qu'on vu Kubrick et son équipe en le thème initial, celui d'une fresque sur la vie de Napoléon Bonaparte. Refusant de perdre toute sa documentation sans pouvoir en tirer quelque chose, le maître rechercha donc de quoi donner corps aux multiples idées qu'il avait sans doute déjà eues. L'épopée finalement tournée sera celle d'un jeune irlandais ambitieux et de sa vaine quête de gloire et de possessions. Saluons tout d'abord la minutie du réalisateur, visible au premier coup d’œil dans la reconstitution, palpable quand il voue au supplice son interprète principal, lui faisant tourner une cinquantaine de prises s'il le juge nécessaire, précisément au moment où l'acteur est censé jouer l'abattement. Problème, l'oeuvre a beau se donner une ampleur vertigineuse par bon nombre de plans larges - qui donnent en outre l'impression de défiler dans une galerie d'art où défilent les toiles de maître - et l'apport de certains des plus grands musiciens du siècle étudié, Schubert en tête de liste, elle perd beaucoup de cette ampleur par la distance instaurée avec ses personnages et la fausse légèreté imprimée. Cette légèreté factice colle cependant très bien aux mœurs d'un siècle qui ne veut et ne sait que paraître frivole, et ce même dans les moments dramatiques. Il se dégage quand même de Barry Lyndon une foutue sensation de mélancolie, qui demeure en définitive la vraie raison d'être du film, dont on peine sans cela à retirer grand chose d'autre que quelques dénonciations sans conviction et une petite charge contre l'arrivisme. Mais il faut avouer que ça marche, et que cette mélancolie qui tourne quasiment au spleen est même rehaussée par la longue durée du film et la tournure que prend la situation du héros, si on peut l'appeler comme ça. On ne peut nier décemment que l'ensemble finit par être foutrement artistique, surtout quand on repense à l'effet apporté par l'éclairage à la bougie dans les scènes d'intérieur, qui les rend plus intimes et plus nuancées. Kubrick aura quand même, pour rendre son idée réalisable, été chercher un objectif géant, capable de capter assez de lumière, chez la N.A.S.A. - excusez du peu. Un peu mégalomane, le type ? Bref, en fin de compte, si son effet sur les sens est non négligeable et fait de lui une oeuvre d'une beauté esthétique rare, si il ajoute en plus à cela une virulence mélancolique du même genre, il manque à Barry Lyndon un registre émotionnel plus étoffé pour faire de lui un chef-d'oeuvre total. Je suis donc, quelque part, légèrement mécontent de l'avoir aimé. Mais oui, en définitive, j'ai aimé.