L’alliance Pixar/Disney avait surpris tout le monde avec "Cars" en 2006 : réussir à humaniser des véhicules en transposant notre univers au leur tout en ne perdant pas leur fonction première fut un véritable tour de force. Un exploit reconnu de tous… ou de presque tous si on intègre les éternels mécontents. Quand je dis qu’en film d’animation, on peut tout se permettre !! Forts de ce succès, les studios ont décidé de rempiler 5 ans après pour donner une suite. De quoi inquiéter le grand public alors que Disney subit une vraie et longue traversée du désert en donnant des suites ratées à ses grands classiques. Eh bien soyez rassurés ! "Cars 2" vaut presque son aîné. Eh oui, il est quand même un peu en-dessous. Forcément, l’effet de surprise est passé. Il fallait quelque chose de plus pêchu encore. La vérité est que ça l’est. C’est plus rythmé aussi. Et pour soutenir cette montée en régime sans saturation, les scénaristes n’ont pas lésiné sur leur esprit de créativité. En optant pour un sujet d’actualité, les énergies alternatives appelées à remplacer les énergies fossiles, ils amènent la notion d’une intrigue industrielle à la James Bond. Les agents secrets sont donc à l’honneur, avec tous leurs gadgets, ainsi que les personnages lambda pris dans la tourmente malgré eux. Ainsi Martin, l’affreuse petite dépanneuse rouillée et cabossée vole la vedette à Flash McQueen. Pire : ce dernier se fait presque dépasser par son nouvel adversaire, Francesco Bernoulli ! Plus de fun donc, et plus d’action. L’inconvénient de cela est qu’on perd clairement en dimension émotionnelle. Elle n’a pas totalement disparu, elle est simplement beaucoup moins présente. Il n’y a pas ce petit truc magique auquel Disney (avec ou sans Pixar) nous avaient habitués. La résultante de tout cela est que, voulu ou pas voulu, "Cars 2" s’adresse davantage à un public… masculin. Je ne précise pas "jeune" en raison du sujet car je ne suis pas sûr que les enfants saisissent les enjeux de cette intrigue. Et puis eux aussi ont besoin de rêves. Alors est-ce que le rugissement des moteurs et les crissements de pneus suffiront à les faire rêver de vitesse ? Visuellement parlant, sûrement que oui. Car cela reste assurément du grand spectacle : très coloré, dans une multitude de décors puisque nous nous déplaçons des vallées américaines (Radiator Springs) à Londres, en passant par Tokyo, Paris et l’Italie. Les reconstitutions des décors et des nombreux véhicules sont très réussis, et constituent un vrai plaisir pour les yeux, de la même façon que la foule de détails qui vont avec. La sensation de vitesse est extrêmement bien rendue, que ce soit depuis le ras du sol ou en plan lointain : la meute rugit sur la trajectoire idéale, on s’y croirait ! L’animation est encore une fois une pure merveille ! L’histoire est inventive et bien construite, alors qu’on a affaire à un sujet d’actualité : le lobbying du pétrole. On pourrait se poser la question si "Cars 2" est un film engagé ou non. L’épilogue pourrait laisser perplexe sur la question. Ce n’est en fait qu’un prétexte pour condamner les intérêts industriels et pécuniaires au détriment des intérêts environnementaux. "Cars 2" n’est donc pas une œuvre aussi innocente que ça en fin de compte. Malheureusement ça ne fait pas vraiment mouche comme a pu le faire "Wall-E" dans un autre registre, la faute à trop de spectacle et pas suffisamment de dimension émotionnelle, en dépit d’une bonne réalisation de John Lasseter (épaulé cette fois par Brad Lewis) qui rend malgré tout ce "Cars 2" plutôt distrayant.