Après l'horrible tournage qu'il avait vécu sur le troisième film "Alien", David Fincher vient choquer le monde entier avec la sortie de son "Seven". Encore considéré comme une œuvre majeure des années 90, ce projet a admirablement lancé la carrière du réalisateur. Et pour le coup, il m'est difficile d'aller contre l'avis général, car j'ai vraiment passé un excellent moment durant mon visionnage. Pourtant, il est compliqué de venir émettre un tel avis, à cause de l'ambiance totalement anxiogène que propose le film. Dès le début, David Fincher pose une atmosphère extrêmement froide, nous sommes plongés dans une ville sans nom, où il pleut tout le temps et à la photographie particulièrement sombre. L'objectif est d'amener un climat très pessimisme, ce qui va immédiatement être ressenti au travers de notre duo de personnages. Si l'un est un ancien flic désabusé et ayant bien compris que rien ne changerait dans ce monde, l'autre arrive avec énormément d'envie et souhaite faire bouger les choses. Dans le film, tous les opposent, que ce soit dans la manière de les présenter, de les filmer ou dans leur interprétation. Là où Morgan Freeman livre une performance très posée et où aucun mot n'est plus haut que l'autre, Brad Pitt ne tient pas en place et transmet un débordement d'énergie à son personnage. Malgré tout, et malgré leurs différences, nous nous attachons volontiers à eux. Nous comprenons rapidement leur parcours de vie et leur relation se renforcera naturellement au fur et à mesure du récit. Pourtant, tout va partir en vrille à l'arrivée du protagoniste du film : John Doe.
Déjà, car j'apprécie beaucoup l'idée de ne pas préciser que Kevin Spacey est au casting de ce projet, cela renforce la menace de ce tueur. Nous ne savons pas qui il est, et sa première véritable apparition n'en sera donc que plus marquante. L'acteur le joue parfaitement, et ce méchant va s'avérer bien plus complexe que nous pouvions l'imaginer. Si le scénario tend à nous faire croire à un simple malade mental, ce dernier cherche finalement à jouer avec nos héros. Il est méthodique, froid et ces crimes vous glaceront le sang. Chaque scène d'horreur s'avère atroce, et quelque unes d'entre elles réussiront véritablement à vous retourner le ventre. Je pense notamment à celles comprenant cet homme attaché depuis un an, qui est extrêmement dérangeante à regarder. Grâce à la photographie très sombre et la crasse qui émane des décors, l'atmosphère est donc encore plus lourde dans ces séquences, qu'elle ne l'est déjà habituellement. Et cela trouvera son point d'orgue lors de la conclusion, qui, bien qu'elle soit plus subtile, laisse un goût particulièrement amer au spectateur. Au-delà de cette idée de faire gagner le méchant, ce qui nous sort de l'habituel happy-end de ce genre de projets, cette scène amène également une conclusion vraiment négative. Peut-être que cela sera trop nihiliste pour certaines personnes, dans le fait de voir que la bonne volonté du détective Mills s'est retournée contre lui, mais personnellement, j'ai apprécié. J'ai aimé cette prise de risque, et je dois dire que je ne suis pas près d'oublier la sensation que m'a procurée ce final.
Dans l'ensemble, ce second long-métrage vient donc marquer le début d'une carrière absolument folle. David Fincher venait déjà de prouver tout son talent, en marquant le cinéma des années 90 par une œuvre froide et pessimiste, mais aussi particulièrement maîtrisée. Pour conclure, une immense réussite.