Ce fait divers qui défraya la chronique est une excellente occasion pour Claude Chabrol d'étudier une nouvelle fois le microcosme bourgeois et de l'égratiner au passage. Le film qu'il en a fait est plutôt une réussite grâce à sa très bonne reconstitution de la France des années 30 et à son interprétation. Isabelle Huppert est très convaincante dans le rôle-titre et elle est de plus admirablement aidée par de brillants seconds rôles, Jean Carmet et Stéphane Audran en-tête. Une des oeuvres majeures de la filmographie du cinéaste.
Dans ce film Cabrol fait coup double en jouant sur l'ambiguïté des rapports dans la famille Nozière, tirant au passage le maximum des qualités de ses acteurs, il se permet de rester dans les limites de l'histoire réelle et de développer ses thêmes favoris sans toutefois prendre parti. Le procédé est astucieux mais du coup on a un peu de mal à rentrer dans le film. En mettant en lumière se fait divers horrible et en évoquant la suite de la vie de Violette le film est aussi une charge contre la peine de mort.
Malgré des comédiens et des personnages bien en phase (Huppert en allumeuse perverse et Carmet en vieux libidineux), le film se traîne et l'histoire n'est pas toujours des plus passionnantes, considérée sous l'angle cinématographique. Espérant en savoir davantage au sujet de ce fait divers célèbre, j'ai été déçu. C'est d'ailleurs ce que je crains parfois chez Chabrol, ce côté un peu mou de la mise en scène.
Une affaire qui défraya la chronique notamment par le soutien indéfectible des artistes surréalistes à la jeune femme. Comme à son habitude le cinéaste compose son casting d'habitués dont le duo Jean Carmet-Isabelle Huppert. Ce choix est d'une importance capitale puisque l'atout majeur du film réside dans le doute, une sorte d'image subliminal puisque dans "Dupont Lajoie" (1975 - succès récent) Carmet violait Isabelle Huppert. Cette ambiguité est la grande force du film, à la fois sensation inconfortable et d'une neutralité qui va de soit puisque nous ne saurons sans doute jamais vraiment.
Trois ans après le nécessaire "Dupont Lajoie" de Boisset, la jeune Isabelle Huppert joue de nouveau aux côtés de cet acteur merveilleux quest Jean Carmet. Mais cette fois-ci le rôle-titre est pour elle. Son interprétation de Violette Nozière est dune justesse étonnante. A vingt-quatre ans il ne faisait déjà plus de doute quant au talent de celle qui allait devenir lune des plus grandes comédiennes françaises. Un générique sur fond de grille évoquant des barreaux de cellule. Claude Chabrol se penche sur lune des affaires les plus controversées qua connues la France au XXème siècle. La forme est plutôt impartiale. Si elle laisse paraître les défauts des époux Nozière et la difficulté de les avoir pour parents, leur fille ne nous est pas non plus montrée exempte de tous reproches. Violette mène dès ladolescence une double vie, vole sa famille et recourt constamment au mensonge. Petite fille innocente à la maison, elle se prostitue la journée alors quelle devrait aller étudier. Bien entendu les hommes quelle fréquente sont en général des personnages chargés dont on désapprouve lattitude avec véhémence. Jean Dabin en premier lieu évidemment (un ignoble profiteur campé par Jean-François Garreaud). Relevons les courtes mais remarquées apparitions de Fabrice Luchini en étudiant en Médecine. Seul le gentil musicien noir sen sort finalement avec les honneurs. Pour expliquer les origines du drame qui la conduira en prison, des sous-entendus (dans les flash-back) et des non-dits (à propos de monsieur Emile) émaillent le récit. Au spectateur daccepter ou non les vérités pas belles à entendre quils recèlent. Une voix off conclut sobrement le métrage. Quelque peu abasourdi, on reste songeur sur le destin étrange de cette femme. Sa mère lui prédisait un grand destin mais ne devait pas imaginer celui-là Fidèle à ses convictions, Chabrol noublie pas de taper un peu sur les bourgeois. Ça fait pas dmal. Linterdiction aux moins de 12 ans nest aujourdhui plus justifiée.