Autant l'avouer tout de suite : je n'ai pas lu le roman de Scott Fitzerald, et je n'ai même pas vu le film de 1974 de Jack Clayton avec Robert Redford. C'est donc sans a priori particulier et avec une virginité de spectateur que je suis allé voir ce film qui marque le coup d'envoi de la quinzaine cannoise, et, l'espérai-je, la fin de la diète pré-Festival. Aux côtés de "L'Attrape-Cœur", "Les Raisins de la colère", "Ni tirez pas sur l'oiseau moqueur" ou "American Psycho", "The Great Gatsby" fait partie des "grands romans américains", et il fallait un certain toupet pour s'y attaquer, mais après tout, Baz Luhrmann a déjà à son palmarès des réinterprétations baroques de "Romeo et Juliette" et de "La Dame aux Camélias", alors, pourquoi pas ?
On connaît le style du réalisateur australien, inspiré du music-hall et jouant sur l'anachronisme d'une bande-son très contemporaine, ici Jay Z, Beyoncé, Fergie et Lana del Rey. La première partie du film est fidèle à ce style, avec une camera en mouvement perpétuel et une débauche de décors clinquants et d'effets 3D bien voyants, dans une volonté frénétique d'illustrer le concept d'"Années Folles". Les fêtes de Gatsby donnent le prétexte à des tableaux où ne subsiste que le sentiment d'esbroufe, avec un curieux décalage entre l'intention du mouvement et la réalité du résultat finalement très artificiel. Et là, on se demande comment on va faire pour supporter 142 minutes de clip...
Et puis, à partir du moment où Gatsby met fin aux teufs dans son Xanadu, Baz Luhrmann doit ranger son gros matériel et recentrer l'action sur le quintet de ses personnages principaux, et on en vient rapidement à regretter l'outrance et la boursoufflure du début, tant les procédés deviennent apparents avec le renvoi backstage des centaines de figurants : ralentis, couleur sépia pour les flashbacks, musique violonneuse, alors qu'en même temps le choix narratif de la voix off de Nick écrivant ses souvenirs dans le cadre d'une thérapie finit par étirer le récit et souligner pesamment les émotions des personnages.
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