Je suis allé voir à reculons cette pochade à la française dont la bande-annonce laissait redouter des vannes bas de plafond et une description pas franchement subtile de ce choc des cultures entre une famille de chômeurs professionnels (et fiers de l’être) et l’univers princier de Monaco. Mais, Olivier Barroux a prouvé, dès son premier film ("Ce soir, je dors chez toi") qu’il savait naviguer dans les eaux troubles de la comédie franchouillarde (à base de vaudeville, de quiproquos…) pour en tirer le meilleur avec un petit plus qui fait toute la différence : l’écriture. Une fois encore, le réalisateur a su soigner à la fois ses dialogues (qui recèlent quelques perles, à commencer par les "p’tits pédés" balancés aux gosses…) et ses personnages, de prime abord caricaturaux et finalement plus complexe qu’il n’y parait. J’ai particulièrement apprécié qu’Olivier Barroux ne donne ni dans la démagogie en épargnant à sa famille vedette quelques clichés pas si exagérés que ça (le père qui ne veut surtout pas bosser, la mère qui idolâtre la Princesse Stéphanie, la fille fan de Paris Hilton, le fils beauf au dernier degré, la grand-mère alcoolique…), ni dans la caricature stupide en apportant une véritable épaisseur aux personnages (la scène où le père offre à sa femme la même vue sur le Palmais princier que celle du poster de leur ancienne chambre, les repas de frites préparés par la mère, le fils qui ne s’avoue pas ses préférences sexuelles…). Le réalisateur va même plus loin dans sion refus de la caricature avec le personnage du petit dernier de la famille (campé par l’hallucinant Theo Fernandez), surdoué qui refuse de l’avouer à sa famille et accessoirement narrateur du film. Le casting est également une grande satisfaction puisqu’on retrouve Jean-Paul Rouve et Isabelle Nanty, tellement évident en parents Tuche, ainsi que Claire Nadeau en grand-mère (au potentiel à mon sens sous-exploité), Fadila Belkebla et David Kamenos en couple de voisins, Jérôme Le Commandeur en amusant concierge et Philippe Lefevre en escroc ainsi qu’une galerie de caméos amusante (Olivier Barroux himself, Kad Merad, Omar Sy, Pierre Menes, Alain Doutey, Arielle Semenoff…). La description de la vie à Monaco évite également assez bien les clichés en s’intéressant davantage aux relations entre voisins et au foot qu’aux casinos et aux dîners mondains dans les yacht clubs. Olivier Barroux ne fait malheureusement pas l’économie de certaines facilités scénaristiques à commencer par l’intégration au final assez rapide des Tuches à Monaco, le coup de la voisine vachement sympa alors qu’elle vient d’un univers complètement différent ou encore le joueur de l’AS Monaco qui veut immédiatement épouser la fille Tuche. De même, le rythme plutôt soutenu du film s’essouffle un peu dans le dernier tiers. Il n’empêche qu’à l’heure où les francis Veber et autres Jean-Marie Poiré ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes, les comédies d’Olivier Barroux sont peut-être ce qui se fait de mieux dans le genre actuellement (en France bien sûr).