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Patrick Ragot
1 abonné
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1,5
Publiée le 1 septembre 2025
Transfuge parle d’un film Hitchcockien… ah bon ? Il faudrait peut-être qu’ils revoient des films d’Hitchcock. Ils voulaient sans doute parler de Rohmer. Ils disent aussi que la voix de Sara Giraudeau envoûte le spectateur. Moi, elle m’agace avec son ton uniforme mais ce défaut n’est pas le sien, c’est celui du film.
Si le sujet de celui-ci était l’omniprésence du vide et de l’absence, il est réussi. Si, par contre, il voulait parler de la présence appuyée de défunts par leur absence, c’est un ratage complet. Seuls les acteurs en parlent. On va se perdre enfin dans une pseudo-jalousie abordée à la sauvette, appuyée d'une arme qui n'a aucun intérêt constructif pour l'histoire.
Il y avait pourtant matière dès le départ avec le sujet, la petite pointe de fantastique ou d’inexplicable, avec le cadre pyrénéen sauvage, la photographie (parfois) de belle qualité, la lumière soignée, avec la musique et avec les acteurs. Tout pour un film plutôt fort et inhabituel. S’il avait bénéficié d’un scénario digne de ce nom.
Les paysages magnifiques, dans une lumière naturelle et des moments bien choisis, rendent l’ambiance particulière, feutrée et onirique. La musique de Bruno Coulais est belle et c’est bien ce à quoi il nous a habitué. Seulement, au montage, elle tombe toujours à côté, quel gâchis, comme pour remplir des passages inutiles au narratif, pour tenter de donner aux personnages une psychologie qu’ils n’arriveront jamais à porter tant la mise en scène est creuse et les cadrages sans idée (contrairement à ceux des paysages). On voit Sara Giraudeau déambuler de manière automatique. Elle va à droite puis à gauche et ça semble interminable. Tout au long du film, elle incarne magnifiquement la mollesse : même lorsqu’elle s’emporte, se fâche, elle est inerte. On dirait un moucheron entrain de se noyer sans réagir mais même ça ne semble pas exploité à sa juste valeur. Quant à Nicolas Devauchelle, il est capable de bien mieux. Son personnage brut et direct se rapporte bien à son environnement naturel, son refuge et là encore, le personnage avait de la force mais… pour dire quoi ? Et s’il vous plaît, quand il pleure une fois, qu’il le fasse vraiment et qu’il évite cette grimace ridicule.
On a aussi une sorte d’histoire d’amour qui n’en est pas une et qui semble servir de prétexte à filmer Sara Giraudeau nue (une fois aurait sans doute suffit). Il s’en dégage très peu d’érotisme et pourtant, ça aurait été tellement bénéfique au film. Le rapport symptomatique de l’amour à la mort aurait pu être plus efficace s’il avait été exploité de manière plus fluide dans le script.
Tout est traité à côté du film, comme un reporter qui tournerait le dos à l’action. Les morts n’ont donc de présence que parce que les dialogues font le forcing. Qu’on évite les apparitions surnaturelles et les effets spéciaux pour ne pas tomber dans un autre travers ridicule ou dans du Shayamalan, d’accord mais, au moins, que les dialogues soient plus ciselés quand ils abordent ces questions. Qu’on ne devienne pas absolument explicatif et qu’on prenne le spectateur pour un être intelligent, c’est très bien, mais il faut au moins laisser des indices, des os à ronger… Tout est tellement abordé par effleurement que ça en devient paradoxalement plombant. On n'est constamment dans l'évitement. Tous les éléments du films sont là, pourtant, mais tellement décousus que la forme finale est un patchwork fade et informe. Jusqu’à la fin où il faut devenir tellement explicatif, pour le coup, qu’on tombe dans une incohérence inacceptable même quand on tente de jouer le jeu : « J‘aimerais reprendre contact avec Simon.(…) Je l’ai vu ce matin, on a parlé ». Quelle idiotie ! SI elle l’a vu, elle a repris contact, non ?
Bref, le seul mal-être qu’on ressent ici, c’est celui d’avoir choisi le mauvais programme, le film, lui, est réellement d’un ennui mortel. J’ai failli me pendre mais heureusement, j’ai été sauvé par le générique de fin.
J'aurais aimé adorer ce film, car les histoires énigmatiques de fantômes où tout est suggéré, sont d'ordinaire mes préférées. Mais j'ai été un peu désarçonnée, malgré un début intriguant. Sara Giraudeau est vraiment exceptionnelle et Nicolas Devauchelle étonnant dans un rôle assez opaque.
Les Envoûtés est un film aussi troublant qu’hypnotique, porté par une atmosphère mystérieuse et une mise en scène d’une grande sensibilité. Le récit avance lentement, presque comme un rêve étrange, et parvient à installer un malaise subtil qui ne quitte jamais vraiment le spectateur.
Une nouvelle fois, Sara Giraudeau y est absolument merveilleuse. Son interprétation est d’une finesse et d’une intensité remarquables. Elle réussit à transmettre énormément d’émotions dans la retenue, avec une présence à la fois fragile, magnétique et profondément touchante. Elle confirme encore ici l’étendue de son talent et sa capacité à rendre chaque personnage profondément vivant.
Les Envoûtés est un film singulier, poétique et captivant, qui mérite d’être découvert pour son atmosphère unique autant que pour la performance magistrale du duo Nicolas Duvauchelle et Sara Giraudeau.