1915, Erling, matelot sur un baleinier, après un homicide involontaire (bagarre ayant mal tourné ?) et Ivar, pour quelque peccadille sans doute, intègrent la maison de redressement de l'île norvégienne de Bastøy, dans le fjord d'Oslo, pour y devenir des numéros en uniforme : "C 19" et "C 5"- ils sont en effet tous les deux mineurs, et ce pénitencier pour enfants et adolescents est une alternative à la prison, où l'on se charge de les amender et de les "éduquer", à coups de privations et châtiments divers, dans l'arbitraire le plus total et sous la tutelle du luthéranisme le plus rigoureux. Mise en scène classique, épurée, et sans effets racoleurs ou même faciles, pour un scénario tiré de faits réels (travail des auteurs sur les archives de l'institution) - ce lieu indigne n'ayant fermé ses portes que dans les années 50.... Une histoire édifiante et infiniment triste (Ivar abusé par un maître d'internat se suicidera dans l'indifférence des autorités), mais aussi une très belle histoire d'amitié et de solidarité (entre Erling le rebelle qui arrive et Olav le chef de chambrée qui doit enfin partir - 6 ans de Bastøy pour avoir, à 11 ans, volé de l'argent dans un tronc d'église !). Ces deux-là vont s'évader ensemble : d'abord en imagination, Olav transcrivant le récit des prouesses fantasmées de harponneur d'Erling, digne héritier du capitaine Achab, à l'attention de sa soeur le croyant toujours en mer (il est analphabète) et pour de bon ensuite (alors qu'Olav a reçu son quitus !) à la faveur d'une révolte spectaculaire provoquée par l'injustice suprême du retour du pédophile (remercié par le directeur tardivement écoeuré, sa disgrâce n'est que de courte durée car il a barre sur ce dernier, coupable lui de concussion !). Images superbes déclinées en bleuâtre et grisé par un directeur de la photo inspiré et interprétation remarquable (acteurs inconnus à l'international, sauf le Suédois Stellan Skarsgard, impressionnant dans le rôle du directeur, vu par exemple récemment dans "Melancholia" et également grand comédien de théâtre) : deux atouts de plus pour une réalisation de qualité dont on regrettera la distribution française confidentielle (10 salles pour tout l'Hexagone) - les trois premiers longs métrages du réalisateur norvégien sont d'ailleurs toujours inédits dans notre pays. Ce "Révoltés de l'île du Diable" (compromis boiteux entre le titre original : " Kongen av Bastøy" - le roi de l'île de Bastøy - et le titre anglais "King of Devil's Island"), plusieurs fois récompensé aux Amanda 2011 (l'équivalent norvégien des Oscar) est à découvrir avec profit pour ceux qui en auront l'opportunité.
Pendant scandinave et masculin du magnifique "The Magdalene Sisters", le côté violemment dénonciateur en moins, "Les Révoltés de l'Ile du Diable" accumule dans son scénario tous les poncifs du genre, notamment dans la caractérisation de ses personnages : le directeur tout-puissant, le surveillant violeur, le prisonnier récalcitrant, le prisonnier obéissant, le prisonnier inadapté... Néanmoins, tous ces personnages ne sont pas figés et évoluent au long du métrage, pas forcément d'ailleurs dans la direction qu'on aurait pu supposer. De la même manière, les passages obligés (brimades, punitions, règlements de comptes, tentatives d'évasion...) laissent peu à peu la place à une formidable histoire d'amitié. La sobriété de la réalisation ainsi que l'environnement glacial des décors naturels (mer, forêt, neige) renforcent l'âpreté du propos. Paradoxalement, cet environnement est également propice à l'évasion (enfin, à l'évasion de l'esprit, surtout) et alimente ainsi la poésie qui imbibe le film. "Les Révoltés de l'Ile du Diable" qui, dans sa première partie, aurait pu devenir le film préféré de la place Beauvau s'avère au final un bel hymne à la liberté et à l'amitié. Voilà un beau petit film qui mérite largement qu'on le découvre et qu'on s'y attarde. Ce qui ne sera sans doute pas le cas, pas pour le plus grand nombre en tout cas : pas de stars, pas de promo, peu de copies... Pas facile de se faire une place sur les écrans français quand on n'est pas une grosse production hollywoodienne, un "petit bijou indé" encensé par la critique ou une bonne vieille bande franchouillarde avec son cortège de comiques de la télévision.
L’UNITÉ : Ou comment contrer une oppression atroce, irrépressible de violence, abusive jusque dans ses fondations, colosse énorme de fer et d'acier. « Les révoltés de l'île du diable », c'est large parabole sur les régimes dictatoriaux, la répression, l'abus, le pouvoir, l'excès, les sociétés humaines pour faire vite. Car le pouvoir, ce « bourreau sans merci » pour plagier Baudelaire, est en relation étroite avec l'Homme ou les Hommes qui le détiennent ( pas seulement évidemment ; le pouvoir étant de base nocif ) : et ainsi le médiocre crée le médiocre ( quel plus bel exemple que notre France actuelle ? ), le monstrueux s'associe au monstrueux, l'île nous le montre bien. Que reste t-il alors à l'oppressé si ce n'est ce même pouvoir à conquérir ? Mais enfin comment ne plus devenir oppressé tout en se détachant de l'attrait de l'oppresseur, la tentation ? Le pouvoir, peut-être plus que ça, le besoin de soumettre autrui, est le but ultime de chaque homme ( la minuscule semble de rigueur ). Et finalement, ce sont des tas de réflexions s'entrechassant qui se mêlent dans nos esprits ; chacun y trouvera son compte et nous ne sommes pas ici pour jouer avec la prolixité des mots... Pour le film, l'aspect cinéma disons, ce qui frappe, c'est d'abord la froideur stricte et implacable de mise en scène, les paysages glacées, l'ambiance lourde, prête à frapper, la neige omniprésente comme pour confiner l'être à l'intérieur de l'île, à l'intérieur de rien, le châtiment latent, l'enclume suspendue sur la moindre faute, le moindre pas hors des limites de la folie raisonnée des gardiens. Il y a ensuite un jeu habile, fait de sous-entendus, de regards discrets, de tensions musculaires, de gestes, d'actions furtives, qui rend parfois le tension insoutenable ; là on s'approche en quelque sorte du thriller. Et puis, surtout, au-delà de tout, si il faut retenir une seule chose, c'est cette amitié qui unie les deux détenus ( puis tous ), à toute épreuve bien que jamais évoquée, cette pudeur masculine et cette force, ce vouloir de combattre, de survivre ensemble même si dans certaines jours calmes et blafards, la glace se brise et désunit jusqu'aux plus braves d'entre nous. Hélas, il sera toujours temps de n'être jamais libre.
Film dur, percutant. Je ne mets pas 5 étoiles, car le film est un peu long et parfois on en est à se demander comment va t-il finir? finalement la fin est bien, cruelle, comme le ton de ce film tiré d'une histoire vraie. Je suis bluffé par le courage de ces personnages qui ont subi et se sont battus pour s'en sortir. La dureté envers autrui n'amène rien mais rapproche ceux qui la subissent.
Une maison de redressement pour adolescents sur une île au large de la Norvège. L'histoire vraie d'une rébellion qui eut lieu en 1915 et nécessita l'intervention de l'armée. Sur des figures narratives attendues (brimades, tentatives d'évasion, solidarité des détenus ...), Les révoltés de l'île du diable frappe par sa rigueur, sa sécheresse de ton, son rythme lancinant et sa qualité d'interprétation (que des comédiens amateurs hormis deux adultes). Le film de Marius Holst, qui a valeur de documentaire, développe également une belle histoire d'amitié entre deux jeunes garçons, exacerbé par les épreuves, les mauvais traitements et le sadisme du surveillant en chef. La dernière partie, fuite éperdue sur la glace fragile qui recouvre la mer, est magnifique d'intensité. Une belle conclusion pour un film qui ne révolutionne pas le genre, mais l'illustre de manière incisive, âpre et efficace.
Sur les thèmes pas vraiment originaux du bagne d'enfants, de l'enfermement dans une île, de la révolte des prisonniers contre leurs geoliers, ce film tire son épingle du jeu en dépit d'un classicisme exacerbé dans le traitement cinématographique. Le décor sauvage et froid du grand nord norvégien, plutôt bien rendu par une image constamment bleutée et froide, la minceur des dialogues, le choix des comédiens contribuent à créer une ambiance de plus en plus délétère, qui peu à peu nous enveloppe et nous attire irrésistiblement vers le dénouement dramatique que l'on avait deviné toutefois sans peine. Pas un chef d'oeuvre, mais un film honnête et rustique qui a, tel un diesel dans le grand froid, mis un peu de temps à démarrer et qui ensuite nous emporte gentiment au bout d'une route sans surprise.
Le récit, guère original, est long à démarrer. Toute la première moitié, sinon les trois quarts, est languissante, et seul le climat soutient mollement l'intérêt. Le spectateur se décourage un peu quand survient une fin très réussie dans l'enfer de la glace. Elle n'excuse pas la faiblesse de ce qui a précédé mais suffit à sauver le film de l'indifférence.
Un beau film intelligent (sur le fond comme sur la forme), efficace et bien construit, qui comporte quelques scènes "standard" du film de prison (même si il s'agit officiellement d'un internat - c'est là toute la force du film) et des personnages attachants chez les ado, et forcement horripilant chez les adultes (ici principalement représentés par le directeur et un maton/surveillant). Un 'voyage" prenant et un film vraiment réussit malgré quelques longueurs.
D'une brutalité salvatrice cet excellent film venu du nord de ch'nord nous propose une ligne classique sur un bagne d'adolescents qui vont renverser l'ordre établi avant, vous le devinerez, de se faire cueillir par plus fort qu'eux, l'Etat; classique au sens noble du terme car si le thème est convenu son traitement très premier degré viscéral ne nous lâche pas au corps et fait taire notre penchant à la critique blasée, en une bouffée rafraîchissante de bon cinéma populaire, là encore au sens noble du terme (comme "Intouchables" dans un style radicalement différent). Vous auriez tort de bouder votre plaisir si le sujet vous semble un peu rêche. C'est solidement crédible, artistiquement cohérent, et possède le souffle de l'histoire vraie, lorsqu'elle est respectée et aimée par l'hommage qui l'embrasse.