On pourrait croire, en abordant La Promesse, que les frères Dardenne racontent une histoire modeste. Un fait divers presque : un jeune garçon, Igor, pris dans la nasse d’un trafic d’ouvriers clandestins dirigé par son père, et qui, un jour, fait une promesse à un mourant. Mais c’est justement parce que la fiction part de là que le film remue si profondément. Car ce geste, filmé sans fard, sans musique, sans posture, devient tout à coup le lieu d’une déchirure.
La caméra, toujours au plus près, colle aux gestes d’Igor comme si elle voulait les comprendre avant même qu’il ne les pense. Elle ne l’observe pas : elle est à ses côtés, elle trébuche avec lui, elle court, elle se cache, elle attend. Elle n’impose jamais de sens, ne délivre aucune clef. Elle accompagne.
Le père, Roger, n’est pas un tyran, ni même un bourreau au sens classique. Il est ce que le monde fabrique quand il broie toute possibilité de développement. Il est pragmatique et efficace. Il voit des papiers, des failles, des profits. Son fils est une extension de lui-même, un prolongement, un outil. Et pourtant, ce père-là n’est pas haïssable. Il est le visage ordinaire de l’inhumanité, celle qui ne se dit pas, qui ne s’assume pas, qui se justifie dans chaque mot. Il dit : « On n’a pas le choix. » Et c’est précisément ce « on »-là que le film attaque.
Quand Igor promet, il ne sait pas encore ce que cela implique. C’est un mot lancé, presque sans y croire. Et pourtant ce mot devient le moteur du récit.