Longtemps ignoré en France, ce film réalisé par Joel Anderson a petit à petit regagné ses lettres de noblesse, notamment grâce à Internet qui chante bien souvent ses louanges. Forcément, j'avais du coup des attentes assez élevées mais n'étant pas particulièrement fan de cinéma australien (j'ai sûrement été trop marqué par de nombreuses Ozploitations foireuses), je restait sur mes gardes. Mais finalement, il faut croire qu'Internet avait raison, sans pour autant pouvoir parler de chef-d’œuvre.
Dans ce documenteur, nous suivons la famille Palmer (probablement un clin d’œil à "Twin Peaks", le film ayant cette même aura nébuleuse) dont la jeune adolescente a été retrouvée noyée dans un lac. Peu après, le frère de cette dernière place des caméras dans la maison et voit, ou pense voir, Alice dans chaque recoin.
Jusque-là, tout est banal, on est dans du found-footage (enfin, encore une fois, plus faux documentaire mais le genre est malgré tout présent) plus que classique, une sorte de "Paranormal Activity" mais avec des interviews et l'impression de regarder un "Faites entrer l'accusé" qui rencontrerait "La Soirée de l'étrange". Et en même temps, rien d'étonnant puisque le film est sorti en 2008, période durant laquelle le found-footage a été bien essoré. Mais nous ne sommes finalement pas dans un found-footage comme les autres et à partir de ce moment, je vais d'ailleurs devoir masqué ma critique afin de ne pas spoiler. En effet, si vous n'avez pas encore vu le film, il est préférable que vous n'alliez pas dans cette partie pour profiter pleinement de l'expérience.
Même en appréciant l'ambiance bien glauque, notamment apportée par le format VHS avec ce grain et ces images toujours assez floues et sombres, je trouve que la première partie peine à captiver le spectateur. Car il n'y a rien d'extraordinaire dans l'extraordinaire. Ce que je veux dire, c'est qu'encore une fois, c'est déjà-vu et donc le film peine à captiver son audience. Au bout d'un moment, on commence à se lasser des apparitions un peu bidons d'Alice à chaque coins de porte.
Puis le film prend alors un virage à 180° en "débunkan" toutes les images que nous venons de voir. Nous étions devant une mise en abyme de la fiction, c'est-à-dire des images manipulées par le frère d'Alice, le tout dans un faux documentaire. Ainsi, les images ne nous mentent pas une fois (comme n'importe quelle fiction) mais deux fois et nous questionnent sur notre rapport à l'image et leur véracité. Sujet d'autant plus actuel aujourd'hui avec l'IA et les deepfake qu'elle entraine.
Je trouve ainsi le procédé vraiment intéressant mais il reste malgré tout une heure de film et est-ce intéressant sur la durée ? Une fois la surprise passée, cela atteint assez rapidement ses limites et les interviews deviennent redondants. Puis, le film surprend à nouveau en repassant succinctement dans le paranormal ; le spectateur est alors pleinement aux aguets se demandant si c'est réel (dans la diégèse du film bien-sûr) ou, une nouvelle fois, truqué. Une nouvelle fois, c'est débunké. Redondant vous allez me dire ?
Eh bien non car le film part cette fois vers le thriller, tout aussi glauque que sa partie paranormal mais cette fois davantage à travers la narration que l'image (bien que l'on reste dans un univers visuel sombre et anxiogène, ce que la télé américaine m'a de toute manière toujours procuré). Bref, on part cette fois sur une enquête car Alice avait ses petits secrets de son vivant. Et hop, on repart dans le paranormal sur la fin ou alors, une fin relativement ouverte, chacun y voit midi à sa porte.
Raconté de la sorte, tout parait décousu et brouillon et c'est vrai que le film tâtonne mais paradoxalement, il sait exactement où il va et comment manipuler son spectateur. On n'a pas l'impression d'avoir simplement vu un film mais d'avoir été mené en bateau pendant une heure et demi et finalement ne plus savoir démêler le vrai du faux. Et en même temps, le film ne raconte pas que ça, en étant beaucoup plus riche.
Il raconte finalement comment une adolescente peut être davantage vivante en étant décédée. En effet, depuis sa noyade, sa famille lui accorde soudainement énormément d'importance, acceptant même de croire au paranormal dans l'unique but de continuer de la faire exister (comme le fait de laisser la lumière du porche allumée). Car Alice avait certes ses secrets mais de ce que l'on comprend, elle n'était pas particulièrement proche de sa famille, notamment de sa mère qui s'esquivaient toujours l'une, l'autre. D'ailleurs très bien imagé par les séances de thérapie, chacune étant dans la même pièce mais sur un plan métaphysique différent.
Alors certes, "Lake Mungo" a malgré tout ses défauts, notamment son manque de rythme et son format vieillissant, mais raconte tellement de choses à la fois à travers l'image et la narration qu'il est difficile de ne pas y trouver au moins une qualité.