Un film qui est resté très fort , qui n’a pas pris une ride, signe de chef d’œuvre. Comment Rosselini peut s’intéresser à l’Allemagne, en 1946, détruite , meurtrie, qui paye cash ses choix politiques des deux décennies précédentes. Nous suivrons un jeune garçon Edmund , dans Berlin , qui cherche à se débrouiller, à gagner un peu d’argent dans cette ville complétement détruite, amas de pierres, pour essayer de faire survivre sa famille. Un moindre sac de patates sera perçu comme un cadeau du ciel. Son frère ainé de 25 ans revient du front, il était dans une unité spécialisée, il n’ose pas sortir de peur de se faire arrêter par les armées d’occupation. Car la ville est maintenant quadrillée par les armées française ou américaine. La grande sœur sort tous les soirs dans les dancings et les clubs, pour glaner quelques cigarettes , elle n’a pas encore basculé dans la prostitution mais peu s’en faut. Le père est très malade, il ne peut plus rien faire , on leur coupe l’électricité .
Mais il n’y rien de sordide dans la narration de Rossellini, pas de pathos, ce fameux néo-réalisme dont il est un des pères , car il y eu une puissance poétique, onirique presque lyrique , et aussi une dimension philosophique. Les peuples voulaient la guerre, ( ou certains dirigeants), en résulte des gagnants et des perdants . Ce message reste complétement d’actualité aujourd’hui, c’est intemporel.
Superbe scène des troupes d’occupation qui visitent le bunker de Hitler , le ton est juste , ni trop , ni pas assez comme distancier , presque surréaliste .
La pensée nazie est aussi bien abordée, par le père qui dans un long monologue expliquera tout l’enchainement des faits, comment ils étaient fiers d’être les plus forts, , tout y est , tout est juste. D’une lucidité surprenante. .Idem pour l’ancien professeur d’école, qui retrouve Edmund , et qui répétera encore la doctrine de la loi du plus fort et du principe d’éliminer le plus faibles.
Malheureusement le jeune garçon prendra cette rhétorique à la lettre , et agira en conséquence, cruellement, contre sa propre famille. Le message totalitaire se reproduit à l’infini.
Tout est dans ce film , la bassesse des sentiments , la fatalité, la corruption, un film noir , d’une grande richesse, mais empreint d’une grande poésie , avec tous ces plans de ville détruite , ces êtres zombies qui errent , mais qui veulent survivre . Un film supérieur à "Rome ville ouverte" car faisant preuve de plus de sobriété, de profondeur, et de moins de pathos.