KONG SKULL ISLAND est ni plus ni moins un nanar de luxe, où tout est mis dans les effets spéciaux et l'action, avec un scénar qu'on peut faire tenir sur une page. La prétention à renouveler le genre se sent mais force est de constater qu'elle s'avère ratée, ne serait-ce que dans l'incapacité totale à générer une poésie cinématographique. C'est creux, vide, plat. On nage dans le jeu vidéo... qui finit en jeu de massacre, that's all, bien propret, bien net, façon Jurassic Park ou World mais sans force d'âme, façon spectacle de catch. Ce film est surfacique au possible: charme zéro, tout dans l'action, les décors, les paysages. Le travail technique, les effets spéciaux et les panoramas sont certes époustouflants mais en-dehors de l'aspect imagerie, que reste-t-il? On peut retenir l'histoire de l’introduction, qui emporte globalement l'adhésion grâce à un John C. Reilly attachant. On subit tout de même une mise en contexte bien pompeuse, des dialogues improbables, des prises de risques absurdes, des réactions irréalistes, des attitudes en porte-à-faux (la direction d'acteur est pitoyable), une créature trop impressionnante pour être crédible, à qui on fait bouffer du poulpe alors que le gorille est en principe végétarien... une mission suicidaire incompréhensible, des militaires bourrins d'une bêtise affligeante, butés, un fond à thème rock rétro qui est là pour faire sympa mais qui finit par éreinter, un exotisme ethnique presque inexploité (avec un peuple mutique, ce qui a l'avantage d'éviter d'inventer une langue), des combats à n'en plus finir et des attaques tellement attendues qu'on finit par s'en taper royalement. Bref, la platitude de l'histoire ou la légèreté du scénario, construits sur le brouillon d'une mission militaire abracadabrantesque, se rattrape péniblement avec de l'action pétaradante nanardesque, quelques sales bestioles en veux-tu en voilà, la tronche simiesque de Samuel L. Jackson (censé haïr son image monstrueuse à travers Kong), un beau mec (Tom Hiddelston) et une belle potiche (Brie Larson, avec un rapport à la "bête" raté, mis là comme un cheveu sur la soupe), une mise en scène racoleuse et quelques jump scares. Avec ce beau gâchis d'FX et de paysages (dans le style baie d'Along), l'équipe de Jordan Vogt-Roberts (qui aurait du en rester à ses comédies sympa) se montre incapable de générer l'effet cinématographique ennivrant d'un Peter Jackson. K.S.I est une sorte de Jurassic World simplet, qu'on a situé après la guerre du Vietnam. Rien à voir avec le mythe King Kong, par conséquent.