Entre les suites, les séquels, les reboots, les adaptations de comics et les remakes, Hollywood n’en finit plus de ne plus surprendre. Dès lors, il fallait bien s’attendre à ce que, dans sa recherche frénétique d'uine nouvelle franchise fructueuse, elle nous ressorte ce brave King Kong des cartons. Pourtant, depuis le film orignal de 1933 (imparfait mais bluffant pour l’époque), le singe géant n’a pas forcément brillé sur grand écran entre un remake décrié de 1976 (avec Jeff Bridges et Jessica Lange) et celui tellement artificiel de 2005 (réalisé par un Peter Jackson en mode "fan aveuglé"), sans compter des suites (oubliées depuis) et des rencontres improbables du côté du Japon. Mais, après tout, il reste de la place pour un grand film original sur King Kong... à condition qu’il prenne, enfin, ses distances avec le synopsis d’origine. Et c’est ce que tente de faire la version de Jordan Vogt-Robert ! Point de réalisateur inconscient mettant sa star en danger sur une île maudite ici, mais une expédition scientifique organisée à une époque où les satellites n’ont pas permis une cartographie complète du globe et, surtout, le portrait d’une époque où s’affrontent velléités libertaires et traumatisés de la guerre perdue du Vietnam. "Skull Island" fera, donc, dans la métaphore (comme le film original) mais modifie son propos. Exit l’allusion à "La Belle et la Bête", c’est bien la nature humaine qui est scruté ici (notamment à travers le personnage de Packard, peu enclin à faire le deuil de la guerre et désireux d’en découdre, coûte que coûte, avec son ennemi géant)… mais, également,
le rôle de protecteur du Monstre
. Ainsi, comme dans
le "Godzilla" de Gareth Edwards
, King Kong est rapidement présenté comme
un "gentil" jouant les régulateurs de l’équilibre de son écosystème, sans qui tout s’effondrerait
. L’idée,
vaguement écolo
, n’est pas mauvaise et a le mérite d’apporter un peu d originalité au propos. Pour autant, il y a un revers à la médaille, à savoir rendre le personnage de Kong bien moins intriguant que ses prédécesseurs. Il n’est, en effet, pas forcément très effrayant et, surtout, absolument pas mystérieux dans la mesure où il apparaît quasi immédiatement dans le film, bénéficie d'un temps de présence à l'image conséquent et que ses entrées ne sont jamais précédées d’une montée en tension particulière. Kong est, ainsi, un personnage comme un autre… mais beaucoup plus grand ! Et, après tout, pourquoi pas... Mais, dans ce cas, il aurait fallu soigner davantage l’écriture de l’intrigue et, plus encore des personnages. Car, si on amoindrit l’aura de la Bête, il faut donner autre chose aux spectateurs… et ce n’est pas sur le plan de l’histoire et des intervenants qu’on trouve de quoi se rassasier. On a, ainsi, droit, à un survival assez classique
(les hélicos qui se crashent, les équipes de survivants qui se forment, les rencontres inopinées avec la faune locale, la succession de morts…)
, agrémenté d’une galerie de monstres plutôt pas mal
(mention à l’araignée géante… mais pas au big boss, Le Rampant, beaucoup trop désincarné pour convaincre)
, de sous-intrigues pas forcément indispensables
(toute l'histoire de Marlow, porté disparu après s'être crashé sur l'île avec un soldat ennemi japonais fait très "rajout de dernière minute")
et de personnages au mieux cabotins, au pire fades. Parmi les cabotins (qui font le job), on retrouve Samuel L. Jackson en fou de guerre, John Goodman en scientifique obsédé ou encore John C. Reilly en ermite excentrique. Plus étonnants, on retrouve, parmi les fades trois acteurs pourtant habitués aux prestations mémorables, à savoir Toby Kebbel en pilote sans grand intérêt, Brie Larson en photographe qui n’a pas grand-chose à défendre et, pire que tout, l’excellent Tom Hiddleston qui semble vraiment se demander ce qu’il fout là ! Difficile de dire s’il s’agit d’un problème de direction d’acteur ou seulement d’écriture… Le seul à sortir vraiment son épingle du jeu est Shea Wigham, second rôle qu’on voit décidément trop peu sur grand écran. S’il ne peut pas vraiment compter sur son interprétation pour briller, "Skull Islland" dispose, cependant, de deux atouts de poids. Les effets spéciaux, tout d’abord, et plus particulièrement la représentation du bestiaire sont une réussite, Kong en tête. Ce dernier a une vraie tronche de monstre (ce qui n’était pas forcément le cas de celui de Peter Jackson) et se trouve filmé à "hauteur d’homme", ce qui renforce l’impression de gigantisme indispensable pour le rendre crédible. Mais, surtout, la vraie plus-value du film réside dans ses efforts esthétiques et, plus particulièrement, dans le soin apporté à un nombre conséquent de plans.
L’arrivée sur l’île avec son orage, les hélicoptères volant vers un King Kong en contre-jour, Packard se tenant face à la Bête au regard enflammée, l’envolée des oiseaux carnivores suite à un coup de feu tiré
… chacune de ces séquences prouve le souci de Vogt-Robert de faire dans le stylisé. Le travail général sur l’ambiance traduit, également, cette volonté avec une utilisation intéressante des contrastes entre obscurité et lumière (voir les scènes de nuit notamment) ou de la fumée qui embellit considérablement sa copie. Il va, d’ailleurs, parfois trop loin dans sa logique, comme cette scène un peu risible
à la "300" où le héros découpe au ralenti des monstres volants à la machette sur fond de brume verte
. On pardonne volontiers ce genre de dérives, surtout au vu du ton souvent second degré du film, qui a l’intelligence de régulièrement prendre du recul avec son sujet
(voir, notamment, la vanne sur le nom donné aux monstres du sous-sol)
. Et puis, il y a cette séquence post-générique qui
le "Godzilla" de Gareth Edwards
0
. Une nouvelle franchise est en marche ? C'est à voir mais je ne suis pas certain que le genre soit appelé à connaître un destin façon Marvel... "Skull Island" est, donc un divertissement plutôt réussi, étonnement beau mais malheureusement trop peu écrit.