Formidable film argentin sorti en 2010 mêlant thriller et romance. Ricardo Darin campe ici les traits d'un ex-policier écrivant un roman sur un meurtre qui le hante depuis 25 ans. Le scénario est très fouillé, captivant le spectateur jusqu'à la scène finale en alternant les flash-back et ce que sont devenus les deux personnages principaux. "Dans ses yeux" a été consacré à Hollywood comme meilleur film étranger et c'est amplement mérité tellement les dialogues, les rebondissements ou même la dénonciation de la corruption régnant en Argentine en 1975 forment à eux tous une oeuvre marquante.
Habile et efficace mélodrame policier, qui mêle séquences brillantes (la poursuite dans le stade) et scénario accrocheur. Reste que cette réflexion sur la justice est bien inférieure à "L’homme qui tua Liberty Valance", que le dénouement conservateur satisfera le spectateur de TF1 et que le ton hollywoodien (musiquette au piano, mise en scène académique), confirme que l’oscar du meilleur film étranger est (presque) chaque année décernée à un produit sans âme.
Voici donc le film qui a soufflé la statuette à "Un Prophète" ! "Dans ses yeux", de l'argentin Juan José Campanella est justement le type de long-métrages à ne pas regarder de trop près sous peine de découvrir les failles et prévisibilités de son intrigue. Celle-ci présente en effet un aspect plutôt décoratif, truffé de situations téléphonées sur lesquelles il vaut mieux donc ne pas s'attarder. En réalité, la plus grande force du film demeure sa grande capacité à mêler les divers registres qu'il met à l'oeuvre ; policier, comique et romantique. Dans cette optique, "Dans ses yeux" présente un ensemble savamment dosé, subtil et touchant. Non content de faire valoir une photographie déjà impeccable, le cinéaste se permet même quelques virtuosités en rab, notamment ce plan-séquence fabuleux durant le match de football. De la bonne qualité, même si je persiste à dire qu'il y avait encore mieux aux oscars cette année...
Ce film, qui dure plus de 2h, est d’une fluidité parfaite sans la moindre trace d’ennui. Les personnages sont profonds, bien dessinés et incarnés par des acteurs très impliqués. Le scénario est limpide, et même si le coupable du meurtre est rapidement identifié, sa traque est passionnante. Et même une fois arrivé à ses fins, l’enquêteur Esposito est loin d’en avoir fini avec cette histoire qui va irrémédiablement changer le cours de sa vie comme celle de ses collègues. Alors c’est vrai que les « rebondissements » du scénario, on peut les sentir un peu arriver quand on a l’habitude de voir ou des lire des polars : la chute, moi je l’avais deviné aux 2/3 du film mais qu’importe ! On ne va pas bouder son plaisir devant un film policier qui n’oublie pas au passage le contexte politique particulier de l’Argentine des années 70 et qui est doublé en filigrane d’une magnifique histoire d’amour. Un film noir (et même très noir) qui ne verse pourtant pas dans la violence gratuite, cependant non dénué d’humour et qui s’offre le luxe de finir sur une note optimiste, ce n’est pas le lot de tous les films policiers qui envahissent les écrans. Je voudrais aussi insister sur la réalisation car il y a dans ce film 2 ou 3 scènes que je pourrais qualifier de remarquables et une que je qualifie sans hésitation d’anthologique. Ceux qui verront ce film seront subjugués par la scène d’interrogatoire très intense, pétrifiés d’angoisse devant une scène d’ascenseur complètement muette et auront le cœur serré par la scène finale dans la ferme argentine. Mais moi, dans quelques années quand je repenserais à ce film, c’est à la scène du stade que je penserai en premier, superbement filmée, cette scène d’arrestation dans un stade immense et plein de supporters survoltés, qui commence par un vue aérienne, qui se poursuit à hauteur d’homme avec caméra à l’épaule pour se terminer au niveau du brin d’herbe de la pelouse, cette scène est assez inoubliable !
Couronné par l'Oscar du meilleur film étranger - souvent un mauvais signe -, "Dans ses yeux" est indiscutablement un film "consensuel", déclinant avec finesse et intelligence un scénario malin conjuguant thriller, mélodrame passionnel et critique politique d'une époque (la dictature) où le pire advint en Argentine et tant de vie furent broyées. Récit de survivant - en flashback - et de désillusion, le film de Juan José Campanella court sans doute après trop de lièvres à la fois et n'en attrape finalement aucun : l'histoire d'amour se délite dans un improbable happy end, la conclusion du thriller est bien faiblarde - sans doute parce que la mise en scène échoue à traduire son horreur profonde -, et, hormis deux scènes fortes (la confrontation avec le juge corrompu, la rencontre dans l'ascenseur), la profondeur "politique" du scénario déçoit. Pourtant, grâce à l'interprétation de Ricardo Darín, superbe comme à son habitude, et à une mise en scène raffinée, "Dans ses yeux" reste bien au dessus de la majorité des films... oscarisables !
Une histoire passionnante d’êtres humains dans un monde en dérive (au début de la prise de pouvoir de Vileda et de sa junte) qui essaient d’y conserver leur dignité et leur humanité. Ricardo Darin se montre une fois de plus un immense acteur que l’on ne cesse de redécouvrir de film en film et Soledad Villamil, rayonnante de beauté mature, est une partenaire digne de lui. La construction, qui alterne subtilement et jamais gratuitement les moments du présent et ceux du passé, a été pensée avec une finesse, une intelligence et une sensibilité remarquables. Le film, à connotation très psychanalytique comme beaucoup de films argentins, avance dans une forêt de symboles, dont celui, paradigmatique, de la machine à écrire dont la lettre a ne fonctionne pas. La fin, happy end qui n’a rien d’artificiel, vient reprendre - en l’éclairant - la métaphore : la lettre se remettant tout naturellement à fonctionner, boucle l’histoire et en transcende le sens, qui passe du coup de la peur à l’amour. Magnifique raccourci pour un magnifique film comme seul le cinéma argentin sait nous en donner dans sa considération bouleversante de l’humanité, souffrante, torturée, humiliée… et pourtant toujours debout.
Il y a quelque chose d'assez fort dans Dans ses yeux, c'est que le scénario te prend du début jusqu'à la fin. Il n'a rien de particulièrement inoubliable, il est bon, mais il a une faculté à tout le temps se renouveler qu'on est tout le temps saisi par ce qu'il se passe. C'est le genre de scénario qui aurait pu inspirer un Hitchcock s'il était encore parmi nous. C'est un film qui m'a surpris sur certains aspects car je m'attendais à une enquête simple et en fait ce n'est pas juste ça. Il y a d'autres choses. Une bonne petite surprise.
Avant que Julia Roberts n’emporte le scénario d’Eduardo Sacheri ”Aux Yeux de Tous” (c’est le titre du film de 2015), Campanella avait fait une version psychologique de ce survol judiciaire plus profond qu’il n’y paraît. Son tort : il fait des films argentins, & c’est moins porteur.
Heureusement, tout le monde n’a pas eu l’indélicatesse de supprimer l’ambiguïté du titre original (le titre français ne précise pas non plus de qui sont les yeux dont on parle exactement) ou de faire un remake retirant tout le contexte politique argentin discrètement amené par Campanella en arrière-plan pour qui veut vient l’entrevoir.
La non-linéarité jaillit chez lui d’une manière qui fait passer l’utilisation habituelle du procédé pour un simple ersatz : ici, elle ne sert pas qu’à éviter d’être trop direct. Elle consiste aussi à faire de l’histoire de tous l’histoire de tous les autres. C’est peut-être cette insistance dans le contournement des faits directs qui rend l’œuvre distante : je parlais tout à l’heure de survol & il semble que jamais le scénario, trop brillant dans ses voies détournées, ne touche vraiment à son sujet, même si le choix de narration permet l’entrelacement harmonique de la couche politique avec la progression.
Dans cette ambiance où le soin thématique de la bureaucratie instillé dans l’image empêche l’épanouissement des vues, c’est presque un choc quand arrive la brillante scène du stade, espèce de méta-travelling incompréhensible au sein duquel la caméra est capable de voler, de courir & de traverser une foule sans coupures. Cet éclat soudain est malheureusement dépareillé dans le scénario par ailleurs très bien dialogué qui savait convertir le drame judiciaire en la quintessence de l’anti-thriller & de l’anti-romance : pas question pour le spectateur de se sentir émoustillé par une justice coincée entre ses couloirs & ses entassements d’archives où l’injustice est verrouillée par l’autorité – notion phare qui est extrapolée au mieux par des prestations fortes mais là aussi pleines de grumeaux.
Si le but n’était pas de faire du divertissement ni d’extraire l’essence dramatique d’une écriture de toute façon assez bien assurée pour fonctionner de manière autonome, il ne reste à voir El Secreto de Sus Ojos que telle l’apologie du talent cinématographique, dont il n’a pas été jugé utile de nous faire sentir le courant pulser sous les fondations de l’histoire, quitte à le laisser se diluer dans un métalangage assez peu clair. Cependant, c’est une œuvre mémorable pour la composition de ses tons pastels & la façon qu’elle a d’injecter des sentiments sous des apparences tellement peu susceptibles d’en dissimuler.
Un film avec un mélange de genre réussi avec un très bon Ricardo Darin. L'histoire qui s'étire sur les années est prenante et bien menée à travers un personnage et un environnement juridique bien construit. Le film possède une véritable identité et diffuse son ambiance particulière au spectateur.
3,5/5 Bien. C'est un film bien monté, agréable à suivre, avec une fin originale. Ça se tient de bout en bout. Il y a quelque chose d'arrachant dans les personnages. À voir ;)
Un film romantico-policier assez inhabituel et plutôt plaisant avec un scénario orienté sur la résolution d’un meurtre mis relief avec les relations amoureuses et les conséquences de certaines actions (ou non actions). Néanmoins il y a quelques points désagréables tels que le jeu d’acteur qui peine à convaincre avec une vf qui en rajoute une couche, et quelques points de l’intrigue notamment le fait que l’enquête judiciaire soit faite par un juge et non un policier… Le début est également assez mou et le film ne décolle vraiment qu’avec sa fin qui amenant des rebondissements fait plaisir, mais il est vrai que la première partie est un peu « coincée » et que l’ensemble aurait pu gagner en profondeur et en intensité.
Le film qu'on attendait pas. Tout est surprenant: du scénario aux acteurs, en passant par les thémes brassés, tout déconcerte. Ca aurait pu être brouillon et cucu, mais c'est tout simplement réussi sur presque toute la ligne. On suit l'histoire avec passion, on s'intéresse à tout le contexte historique du pays, les flashbacks donnent une respiration et le ton du film à la fois mélancolique et cruel. Une surprise plus qu'agréable.
"Dans ses yeux" est un polar argentin vraiment étonnant, une réelle bonne surprise. Le film avance avec un rythme délibérément lent vers une noirceur qui s'accentue tout du long. Par ailleurs, le casting est vraiment excellent, les acteurs hispaniques sont brillants. Mais penchons-nous sur la mise en scène qui est définitivement le point fort du film. Certaines scènes sont très bien filmées, et le film regorge de bonnes idées, à commencer par celle de faire des flash-back uniquement à partir des événements dont se souvient le personnage principal, Benjamín Espósito, ce qui donne à certaines scènes un caractère simpliste volontaire, on pense ici à la scène d'adieu sur les quais de la gare. N'oublions pas le rebondissement final, qui est tout à fait imprévisible, et qui permet au film de se terminer d'une manière assez inattendu, au-delà d'une histoire d'amour assez convenu entre les deux personnages principaux. Quelques longueurs, et quelques séquences d'un niveau moins relevé diminuent un petit peu la qualité de "Dans ses yeux", qui vaut néanmoins réellement le détour.
C'est prenant, palpitant. On navigue toujours entre deux sentiments contradictoires, la haine et la joie, l'amour et la vengeance. mais tout est écrit dans leurs yeux. Tout est à l'avenant, il faut pouvoir déchiffrer.
Une enquête fascinante qui ne sacrifie pas ses personnages au profit d'une efficacité creuse! Le souvenir, pourtant déjà lointain, du dénouement de l'intrigue, continue de me donner des frissons! Rare et intense!