Aïe aïe aïe, les quelques bonnes gens qui s'égosillaient à défendre ce film avaient bien raison, Only God Forgives est un sacré moment de cinéma. J'arrive un peu retard (6 mois quoi) mais j'ai bien fini par le voir, car c'était quand même l'une des sorties que j'attendais le plus en 2013.
Je savais que ça allait être lent, que ça allait pas beaucoup parler, que ça allait même pas mal se toucher. Donc quelque part je redoutais un peu ce film. Mais dès le début j'ai compris à quoi j'avais affaire. Un exercice de style expérimental assez incroyable qui prend place dans une ambiance thaïlandaise bien édulcorée. Chaque plan est un véritable tableau et c'en est surjouissif. La photo est tellement belle que ça en devient un film très contemplatif, puisqu'il ne se passe pas grand chose.
Donc on a une histoire d'un mec qui doit venger son frère assassiné parce qu'il a violé une petite de 14 ans. Pour faire court, ce pan de l'histoire n'est plus ou moins qu'un prétexte scénaristique, car là il où il faut se focaliser, c'est bien sur le personnage campé par Ryan Gosling. Sorte de fantôme condamné à traîner un boulet derrière lui jusqu'à la fin de ces jours, qui n'attend que secrètement qu'on le délivre.
Pour moi, on se trouve à mi-chemin entre deux des chefs d'oeuvre du réalisateur, Drive et Valhalla Rising. Les ingrédients du premier (violence extrême et visuelle, faux rythme, ambiance planante, Ryan Gosling) couplés à ceux du deuxième (quasi absence de dialogue, délire métaphysique) et on obtient véritablement un film de grande qualité.
Certes par moment on ne comprend pas très bien ce qu'il nous arrive, étant à la frontière entre et le rêve et la réalité. Mais avec un peu de recul, je me rends compte que je viens d'assister à quelque chose de grand. Le personnage du flic est tout aussi intéressant quand j'y repense, étant l'espèce de "méchant" du film, dont le rôle sera important jusqu'à la fin.
Le pire dans ce film c'est qu'on croit que Refn va nous refaire Drive dans un endroit différent car tout se tient pour que ça se passe pareil. Puis en fait non, on a quelque chose de complètement différent. Je ne vais évidemment pas spoiler mais ça fait plaisir de voir une telle écriture qui nous prend un peu à contre-pied sur la fin. Quel plaisir.
Le cinéaste danois semble avoir maintenant trouvé sa voie. On peut repenser aux excellents Pusher ou à Bleeder qui sont finalement assez banals dans le déroulement et dans la mise en scène. Mais quand on voit Only God Forgives, on se dit que Refn a vraiment parcouru un chemin incroyable, et a maintenant une vraie identité et un style bien à lui. J'en redemande, des films comme ça : du caractère, du génie et de la classe.