Un portrait sacrément ironique de la France Giscardienne et, à travers celui-ci, de l'état guère plus avancé de la France d'aujourd'hui!
Certes, ce n'est qu'une comédie, une bouffonnerie réussie, dans le plus pur style d'Ozon. De ce côté là au moins, pas de surprise. Mais c'est à travers son style caractéristique que passent les critiques sociales.
Outre le rire, le sentiment qu'exalte "Potiche" est la nostalgie. Avec, personnellement, une tendre immersion au coeur de mon enfance. Pourtant pas une nostalgie forcément positive!
On replonge effectivement (avec délectation en ce qui me concerne) dans ce que les années 70 avaient de plus glauque, on se gave de mauvais goût, on nage dans le cafard :
- Les couleurs de la photographie, les pattes d'eph, les chemises moulantes cols pelle à tarte, les robes étriquées et fadasses (oh celles de Deneuve!!!), les meubles rococo, les cache téléphones en velours, les papiers peints aux énormes fleurs (les mêmes que mes parents dans leur cuisine d'époque!), les chansons de Michelle Torr...
- La place de la femme, à la maison comme dans la société ("je ne suis qu'une femme" voudrait faire dire à Deneuve le pourtant communiste député maire!).
- A l'usine, l'omnipotence des syndicats, le cynisme des cadres giscardiens (bon, on aurait pu se passer de l'anachronique "casse-toi pov'con", même si j'ai bien ri!).
.... oui, un régal de cafard!!
Le jeu même des comédiens a intrinsèquement quelque chose de cette période (Jémérie Rénier surtout), on frise parfois "au théâtre ce soir"... Mais c'est à dessein, évidemment.
Le summum du kitsh, enfin: la chorégraphie de Deneuve et Depardieu dans la boite de nuit (lieu, aussi, d'une vulgarité très "d'époque") sur une musique du groupe "il était une fois". Ozon ne nous épargne rien!
Et je ris, je jubile, notamment en mettant en parallèle cet épisode avec la scène érotique du même couple dans "un dernier métro": quel gouffre vertigineux sépare ces deux scènes! Non, il ne faut pas craindre le ridicule, c'est dans ces risques de jeu qu'en l'occurrence Depardieu excelle.