Renaissance est un film d'animation entièrement synthétique. Corollaire direct : les décors sont stupéfiants, du parvis de Notre-Dame reconstruit en verre aux berges de la Seine retravaillées, en passant par d'improbables échafaudages d'immeubles reliés par des ponts arachnéens. ( l'intro en "visite de Paris" est assez impressionnante )
Le parti pris du film, c'est de n'utiliser que trois couleurs : blanc, noir ( pour les personnages, et les infrastructures, ainsi que le ciel ), et gris ( pour les nuages et les reflets dans les vitres ). Par exemple il n'y a pas de raccord grisé entre les plages noires et les plages blanches. Contrairement à Sin City, où les acteurs étaient réels, le film est rotoscopé, c'est-à-dire que les visages des personnages sont modélisés en motion capture, comme leurs corps. Ils sont donc théoriquement moins expressifs que dans la réalité, mais le travail sur les jeux d'ombre ( au niveau des visages, donc ) est si abouti que l'ensemble est d'une fluidité et d'un réalisme hors normes ( à part quelques mouvements de mains comme la préhension, qui rend toujours mal en synthèse ).
Côté scénario, on n'échappe pas, bien entendu, aux dérives de la science ( c'est un film de SF, quand même ), mais force est de constater que ça fait plaisir de retrouver certains archétypes du film noir qu'on avait un peu perdus de vue dans la SF: le héros doté de la sociabilité d'une huître mais "qu'en a dans le slip", la femme fatale, etc.
Pour ceux d'entre vous qui sont passés à côté du très bon - mais plus conventionnel, quoi que tout aussi révolutionnaire pour un film français - Kaena il y a trois ans, ne commettez pas deux fois la même erreur et allez voir Renaissance.
C'est ambitieux, jamais vu, c'est le meilleur film depuis La Boîte Noire, ça fourmille d'idées visuelles sympathiques, en un mot, c'est couillu.