Choisi pour représenter l'Espagne à l'Oscar du meilleur film étranger en 2011,"Même la pluie" est un drame sociétal troublant,lorsqu'il met en perspective le film historique qui est tourné en Bolivie(sur Christophe Colomb et les conquistadors)et la situation actuelle des locaux,opprimés par la privatisation de l'eau par un Etat tout puissant.Un local,qui est aussi le figurant principal du film,va enflammer la traînée de poudre,en encourageant son peuple à l'émeute...Tout ceci s'inspire d'une histoire vraie,où les habitants ont fini par avoir gain de cause.Une leçon de courage et de dignité,qu'Iciar Bollain,entichée du scénariste de Ken Loach,ne parvient que partiellement à retransmettre.Percutant quand il lorgne du côté du Herzog de "Aguirre" ou "Fitzcarraldo",le film perd toute sa force quand il tente d'imposer ses vues de gauche.Il en devient alors larmoyant,manichéen,émaillé de discours simplistes et de retournements de veste trop brusques.Le trait est appuyé,le spectateur se sent pris en otage.Heureusement,Gael Garcia Bernal(magnétique)et Luis Tosar(au charisme animal)sont parfaits.
Un film très intéressant que cela soit au niveau de l'histoire vraie sur la bataille pour l'eau en Bolivie, le tournage d'un film historique plus vraie que nature ou la relation entre indiens et descendants de colons. Le personnage de Luis Tosar et particulièrement intéressant dans son évolution, très belle performance de l'acteur d'ailleurs. Un peu plus déçu par Gaël Garcia Bernal un peu trop en retrait à mon goût. Un très beau film.
Pour une fois qu'un film vu en cours d'espagnol ne me fait pas gerber, je me devais de le noter. L'histoire de base (une équipe de ciné se rend en Bolivie en pleine guerre de l'eau) est bien trouvée et les 30 dernières minutes sont haletantes. Enrevanche, la première heure enchaîne des scènes molles n'ayant que peu d'intérêt (la discussion dans le resto, le choix des figurants...). La fin est également trop morale. Ce film se rattrape heureusement avec son contexte historique, sa mise en abyme et son jeu d'acteur. A voir, sur ARTE.
Le film m'a déçu. S'il parle d'une histoire vraie assez peu traitée et explore d'un œil assez nouveau ce que l'on pourrait appeler la nouvelle colonisation, la fin est trop brouillonne et précipitée pour que l'histoire nous paraisse crédible. De plus, les personnages semblent changer de personnalités et d'avis comme de chemises donc ce n'est pas franchement convaincant. Dommage.
Hélas cette dualité fondatrice tombe vite à plat. Le principe du film dans le film, pour attrayant qu’il puisse paraître, nécessite pour le coup deux traitements esthétiques qui permettent de différencier l’histoire principale et le tournage qui lui sert de toile de fond. Hormis les artifices logiques des costumes et des éléments de décor, les cadres et surtout la photographie convergent, provoquant une impression désagréable de flou et d’indifférenciation. Mais, pis encore, l’accumulation des clichés et des bons sentiments effraie : du comédien vedette grande gueule et ivrogne au producteur mesquin, à la rédemption aussi soudaine que risible, la réalisatrice du plus convaincant Rabia ne se débarrasse jamais ni des lieux communs ni des bons sentiments qui finissent par affadir le propos. Au-delà même de sa plate mise en scène, versant dans le pathos, en oblitérant les véritables enjeux pour les réduire à des vignettes folkloriques, Même la pluie se révèle une cruelle déception et une amère désillusion pour tout cinéphile digne de ce nom : ainsi l’art qu’il chérit et place au-dessus de tout serait devenu inapte à assumer sa fonction politique et sociale pour se cantonner à celle, autrement plus restrictive, du divertissement standardisé. A l’heure des embrassades finales, symptômes lénifiants d’une réconciliation hasardeuse, donc suspecte, le septième art ne tire décidément aucune épingle d’un jeu pipé et convenu. Dont on sauvera néanmoins, avec le double plaisir de son statut et de sa représentation à l’écran, le magnétique Carlos Aduviri.
Un début laborieux avec des discours assez plat mais très intéressant du point de vue historique. Néanmoins de belles scènes extérieures. La deuxième partie est passionnante avec un intense jeu d'acteur et une justesse dans les émotions des acteurs. On ressent vraiment la tension d'un pays au bord de la révolution.
Réalisation dynamique, sujet traité avec intelligence. Certaines scènes sont un peu "easy" et on regrette une interprétation inégale selon les acteurs ... Paysages sublimes.
La condition des Indiens d'Amérique latine a-t-elle vraiment évolué par rapport à celle de leurs lointains ancêtres du 16e siècle, victimes des "conquistadors" engouffrés dans le sillage de Cristobal Colon? Le film d'Iciar Bollain semble prouver que non. Pourtant, aujourd'hui comme à cette époque, certains hommes se dressent contre le pouvoir pour prendre leur défense et leur tendre la main. Sebastian, réalisateur, et Costa, producteur, se trouvent à Cochabamba (Bolivie) en 2000, pour tourner un film sur deux hommes d'église, Bartolomé de Las Casas et Antonio Montesinos, qui ont, les premiers, dénoncé l'injustice et la cruauté faites aux Indiens. Ils vont assister au déclenchement de la "guerre de l'eau" et devoir choisir leur camp pour prouver que le sujet de leur film n'est pas qu'un scénario tout théorique mais aussi un idéal de fraternité à mettre en pratique, si extrêmes soient les circonstances. Pétris de certitudes, uniquement axés, l'un sur la réalisation à tout prix de son projet, l'autre sur les limites de son budget, ils vont peu à peu ouvrir les yeux sur une vie et des hommes à cent lieues de leurs préoccupations et toucher à l'essentiel. Ils passent tour à tour par le mépris, la cupidité, la lâcheté, la révolte, la honte, pour atteindre enfin la compassion et même l'héroïsme. Costa, en particulier, va rejoindre dans une amitié forte, Daniel, celui qui incarne le chef des Indiens martyrisés par les Espagnols, mais aussi celui qui prend la tête du soulèvement contre la Compagnie des eaux bolivienne dont les tarifs prohibitifs privent les déshérités de l'accès vital à l'eau potable. "Même la pluie" ne peut être recueillie gratuitement, symbole absurde de l'oppression ultime et du mépris de la vie humaine! Costa sauve la fille de Daniel et reçoit en remerciement un flacon de "yaku" (eau, en Quechua), élément essentiel et pur comme la fraternité humaine prêchée par Las Casas et Montesinos il y a déjà bien longtemps. Le parallèle est éloquent entre les scènes du film et les évènements contemporains, à tel point qu'ils se rejoignent lorsque les acteurs indiens s'opposent à la police venue arrêter Daniel sur les lieux mêmes du tournage! Les conquistadors corrompus par la "soif de l'or" sont toujours à l'oeuvre mais leur victoire n'est plus aussi systématique...
Après de très bons films comme "Ne dis rien" ou "Rabia" Iciar Bolain réalise un film intelligent qui fait un parallèle entre le tournage d'un film sur la colonisation post-colombienne et la révolte pour l'eau qui se déroule en marge. Ce parallèle judicieux permet d'ouvrir les yeux aux indiens en lutte et de voir en grand la lutte de leurs ancêtres et de voir, qu'au final rien à changer ; au massacre cruel et physique du passé réponde la violence plus insidieuse du présent. Chaque personnage est parfaitement écrit, mettant subtilement en valeur les conflits, des intérêts et des besoins des uns en passant par la compassion, la manque d'argent et le besoin d'eau des autres. Avec "Ne dis rien" (déjà avec l'excellent Luis Tosar) Iciar Bolain réalise là son meilleur film.