2 Days in New-York s’avère être la suite digne de 2 days in Paris, composé de ces quelques défauts comme de nombreuses qualités. Chris Rock apportant un degré d’humour un peu plus élevé que le rôle joué par Adam Goldberg. Julie Delpy rend une « copie » de son précédent film avec un humour toujours présent et un fond un peu plus enlevé.
Ce qui attire immédiatement l’attention c’est cette qualité d’écriture. Qualité autant présente dans les dialogues qui fusent à tout va, que dans la construction classique et efficace du récit. Sans réel enjeu dramatique, le film arrive pourtant à trouver une linéarité et une énergie commune à ce que 2 days in Paris livrait déjà. Delpy ne filme pas uniquement pour mettre en scène mais tend à souligner des réactions humaines, comme une étude de comportements familiaux.
Teinté de cette petite note indé dont elle sait si bien manier les codes, le film garde cependant quelques échos « bobo » (l’héroïne ne peut « forcément » qu’être artiste, son compagnon animateur de radio, présence d’un comédien indé dont on ne divulguera pas l’identité…), tout cela n’est en rien gênant mais inscrit le film dans un certain cercle. Un détail.
Avec l’énergie folle qu’on lui connaît elle réussit le délicat exercice de la suite puisque ici tout fait sens dans l’évolution du personnage de Marion. Aussi déjantée que le cercle familial qui se compose autour d’elle, Marion sert de pont entre deux cultures. L’occasion pour la réalisatrice de donner le « ré » du précédent opus. Julie Delpy n’oublie pas en demi-teinte d’égratigner légèrement ses compatriotes américains; pour à chaque fois mieux rebondir sur les travers français en terre anglo-saxonne. À ce titre le personnage du père (Albert Delpy) est parfait. Sorte de trublion aux sorties généreuses et non réfléchis, apportant son lot de phrases hilarantes.
Entourée de tous ses personnages Julie Delpy réussit à rendre crédible l’improbable. Pris indépendamment tous les membres de cette famille auraient un reflet clownesque, à la limite du cliché où chacun exposerait ses travers et les lignes caricaturales qui composent chaque rôle. L’effet inverse se produit, dans ce maelström de cultures diverses et de caractères épars, un tout se forme. Une unité de pièce théâtrale mais avant tout familiale. C’est dans l’excès que tout prend forme, sœur nymphomane et psychiatre pour enfants, « beau-frère » se voulant d’une culture black US…
Tous les protagonistes de 2 days in New York trouvent leur place. Une exception se dessine peut-être dans le personnage de Chris Rock, si on croit volontiers au rôle de Mingus, le couple qu’il forme avec Marion peine difficilement à s’imposer comme un duo crédible. On perçoit ce détail comme le désir de donner une lecture de la politique sous l’égide Obama. Effet quelque peu raté et trop appuyé lors de longs monologues de Chris Rock. Rien de dérangeant mais il y avait mieux à faire sur ce point.
Reste le principal un regard jubilatoire sur la différence de cultures, un film décomplexé qui parle à gorge déployée des névroses familiales pour les tourner en ridicule afin de les accepter. Sans oublier, même si à l’arraché, une conclusion qui chuchote de manière éphémère les choix qu’on doit assumer et le chemin de vie sur lequel on doit avancer.
D’une chronologie efficace (parfaite évolution de ses personnages sur deux jours) et une qualité d’écriture (dialogues cadencés et brillants), Julie Delpy signe une comédie délicieuse entre frasque de l’action et dialogues crues, le film s’emballe dans un tourbillon galvanisant. À travers le choc des cultures, elle réussit à nous faire rire, beaucoup, et pense également à nous parler d’émotions. Le tout empreint d’une sincérité affirmée à n’en pas douter.
http://requiemovies.over-blog.com/