Film surprenant pour Woody Allen qui, après Londres et Barcelone, a choisi Paris pour nous livrer une surprenante intrigue empreinte de nostalgie et d’onirisme. C’est peu dire que le début du film (un couple de futurs mariés est en séjour à Paris) ne nous prépare pas au virage pris par le récit après 15 minutes (le temps d’évacuer la présentation des personnages et les plans obligés de la capitale française). Le héros (Owen Wilson sous forme de clone du réalisateur avec ses angoisses et son questionnement perpétuel) se retrouve ainsi projeté, chaque soir à minuit, dans le Paris des années 20, époque bénie à ses yeux, et rencontre ses idoles, d’Hemingway à Fitzgerald et son épouse en passant par Picasso, Dali, Man Ray, Luis Buñuel… Une époque bénie effectivement, et surtout très riche sur un plan artistique… mais surtout un pitch totalement invraisemblable pour un film qui prenait dès lors le risque de perdre le spectateur. Il fallait donc tout le talent de Woody Allen qui, après une série de films assez peu ambitieux et franchement imparfaits (à l’exception du léger "Scoop", que je dois être un des seuls à avoir aimé) signe un retour épatant sur le devant de la scène. Le réalisateur new-yorkais est parvenu à trouver l’équilibre entre l’humour (le décalage temporel mais également un second degré plus typiquement Allenien) et l’émotion tirée de l’admiration, visiblement réelle, qu’il porte à cette époque et à ses artistes. Résultat : il souffle sur ce "Minuit à Paris" comme un vent de nostalgie qui ne sombre pas, pour autant, dans le passéisme (et ce grâce à une conclusion salvatrice). Mieux, Woody Allen jour avec les codes inhérents aux productions US plantant leur caméra à Paris, en se moquant ouvertement des touristes américains et en évitant le piège du Paris de carte postale (avec 2CV, béret et baguette sous le bras). Quant au casting, comme souvent chez Allen, il est tout simplement épatant et multiplie, autour d’un Owen Wilson en véritable héros du film (ce qui n’était plus arrivé depuis longtemps chez le réalisateur, plus habitué, ces derniers temps, aux films chorale), les seconds rôles ébouriffants avec une Rachel McAdams magnifiquement détestable en future épouse enfant gâtée, un Michael Sheen superbement insupportable en bobo pédant, Marion Cotillard en muse plein d’illusion, Corey Stoll étonnant en Hemingway, Adrian Brody en Dali, Tom Hiddelston en Fitzgerald, Alison Pill dans le rôle de sa remuante épouse, Kathy Bates en conseillère d’artiste ou encore quelques français parsemés par-ci par-là (Gad Elmaleh, Carla Bruni, Léa Seydoux…). Un succès mérité pour un film étonnant et un passage obligé pour tous les passionnés de la capitale française et pour tous les artistes dans l’âme.