Quentin Dupieux a le mérite de ne pas mentir sur ses intentions : dès le début, il affiche clairement que son film sera l’éloge d’une philosophie de vie bien particulière : le no-reason ! La vie est absurde, alors il est finalement plutôt logique que son film le soit aussi. Rubber nous emmène donc dans un univers décalé et original, et prendra bien soin de ne pas donner de raisons à ses folies. Moi qui reproche souvent au cinéma contemporain de manquer d’originalité, me voilà servi !
Rubber, c’est l’histoire d’un pneu serial-killer. Rien que ça ! On peut repenser à certains précédents de la tradition du slasher hollywoodien proposant des psychopathes totalement déshumanisés : le « Christine » de Carpenter ou le « Duel » de Spielberg. Imaginez désormais ces films revus et corrigés par les Monthy Python, et vous obtenez quelque chose qui ressemble au film de Quentin Dupieux ! Cette histoire de pneu tueur est souvent drôle, et n’est finalement pas totalement dénuée de sens : on peut y lire une certaine dérision de l’imagerie américaine faisant de la violence un spectacle. Le réalisateur met en place une mise en abyme pour le moins originale : on voit des spectateurs regardant et commentant les aventures de ce pneu ! Cette dimension « méta-cinématographique » est très réussie, critiquant l’industrie du 7ème art tout en faisant rire.
Elle permet également à l’intrigue principale de ne pas s’essouffler tout de suite, en offrant une thématique autre. Mais cela ne suffit pas, malheureusement, à compenser les quelques longueurs qui arrivent au milieu du film. Le pneu tue et re-tue, on comprend vite le procédé et le personnage, c’est le cas de le dire, finit par…. tourner en rond ! La dernière partie, plus inventive, vient heureusement redonner du souffle au récit. En fait, peut être qu’un format de moyen-métrage aurait été plus efficace pour cette histoire.
Signalons aussi une mise en scène très efficace, fonctionnant avec peu de dialogues, mais des cadrages originaux, des séquences visuellement originales, et une bande-son excellente, composée par le cinéaste himself.
Si Rubber est encore un peu inégal, il contient surtout beaucoup de qualités, et promet une expérience radicalement différente de ce que l’on a l’habitude de voir. Tentez-le, peut être deviendrez-vous bientôt adeptes du No Reason !