Du grand n’importe quoi délibéré, j’adore ! On m'avait parlé une fois d’un étrange film à propos d’un pneu tueur en série. Je me suis dis bon, ça peut être assez marrant, si je n’ai rien d’autre à faire j’en regarderai peut-être quelques extraits à l’occasion, par curiosité uniquement. Le jour où je suis tombé dessus par un pur hasard, je me surpris à le suivre non seulement avec énormément d’intérêt mais également avec un sourire dans les lèvres qui se transformait de temps en temps en éclats de rire. C’est tellement ridicule, mais en même temps tellement inattendu ! C’est en quelque sorte un court métrage en version longue, qui ne se prend pas au sérieux (on est prévenu dès le départ), pire, il ne prend pas le moindre film hollywoodien au sérieux et se lance dans une sévère critique, absolument bien fondée, des absurdités communes aux blockbusters. Il nous mets la puce à l’oreille. In fine, cette histoire loufoque n'est qu'un prétexte bidon pour toute la satire que le film veut manifester derrière. Il exprime de manière ironique, en se prenant lui-même comme flagrant exemple à ne pas suivre, un ras le bol contre le ridicule de certains faits absurdes communs à tous les films, et interpelle du coup le sens critique d’un spectateur bien trop souvent hypnotisé, qui ne se laisse amadouer que bien trop facilement en les acquiescant. Pourquoi ? La question est posée dès le début, et gare à celui qui aurait raté cette importante intro puisqu’il n’aura absolument rien compris à l’intérêt de ce film : C’est vrai, pourquoi ? Pour rien ! Pour aucune raison valable ! « Rubber » prend le non-sens comme adage traçant sa principale ligne directrice, c’est ça devise. Il veut par ce biais tourner en dérision des comportements de personnages qui, en y réfléchissant un peu, s'avèrent effectivement totalement absurdes. Nous sommes-nous déjà posé la question pourquoi prenaient-ils certaines décisions, s’ils pouvaient s’y prendre autrement, plus simplement, ou plus efficacement, ou moins naïvement ? Avons-nous déjà remarqué qu’ils oubliaient de se nourrir, ne ressentant ni faim ni soif, qu’ils ne parlaient pas comme des personnes normales (la scène du mannequin piégé en dit long) ou qu’ils ne réagissaient pas assez face à des douleurs en principe atroces, qu’ils ne se fatiguaient pas non plus, qu’ils ne se blessaient pas assez par rapport à ce qu’ils ont encaissé, qu’ils ne se méfiaient étrangement pas assez... etc... etc... ? On va évidemment se les poser ici ces questions, que l’on ne se pose pourtant pas forcément pour des grands films. C’est totalement injuste, car l’on feint l’indifférence du moment que c’est moins mis en évidence devant nos yeux. D’autant plus injuste si l’on se met à critiquer ouvertement « Rubber », et s’exaspère de notre ennui dû sa médiocrité. Pourquoi mériterait-il d’être hué plus que d’autres, alors qu’on est tout à fait capable de retrouver ces mêmes défaillances pointées du doigt dans des films qu’on avait malgré tout adoré, même adulé, si l’on en prenait juste l’initiative ? C’est facile de s’en prendre à un réalisateur méconnu mettant en scène des acteurs quasi-anonymes, et d’aller chercher ce qui ne va pas. Par contre c’est nettement moins envisageable quand il s’agit d’oser défier un blockbuster adulé par la presse et le public, réalisé par le grand untel, et incluant telle ou telle star mondialement connue. Prendrions-nous cette peine désormais, oserions-nous ou pas ? L'objectif de faire d'une histoire sans queue ni tête un film avec du suspense, intéressant à regarder jusqu'à sa fin est atteint, c’est extrêmement bien réalisé, le contrat est bien rempli et les messages bien transmis à celui qui en aura compris la philosophie et voudra bien les écouter. Ça part en roue libre oui, on peut même dire que c’est un pneu n’importe quoi, mais n’empêche que ça marche comme sur des roulettes !