"Rubber" est probablement le film que j'aime le moins dans la carrière de Quentin Dupieux. Déjà que je ne suis pas un immense fan de son travail, autant dire que quand son style est poussé dans ses retranchements les plus spécifiques, je ne risque pas d'en ressortir conquis. Pourtant, ici, on retrouve tout ce qui fait l'univers du réalisateur, et dans tous les aspects. Sur le papier, nous avons un concept très loufoque, avec ce pneu tueur. Dans la réalisation, la mise en scène est particulièrement sobre, mais portée par une bande-son très minimaliste. Et l'ensemble forme donc un tout très absurde, totalement digne de ce metteur en scène. Malheureusement, cela ne suffit pas à faire un bon film, car j'ai beaucoup de choses à redire quant à cet ensemble. Pour revenir au concept, celui-ci est franchement bien trop léger pour tenir sur un long-métrage entier. Quand on voit le film, on se dit qu'un simple court-métrage aurait suffi, car il n'y a rien de très transcendant à regarder ça. À chaque fois, la façon dont le pneu s'y prend pour éliminer ses victimes s'avère être la même, et il n'y a donc rien de très divertissant ou amusant à regarder ça. Alors, pour essayer de combler ce vide, Quentin Dupieux a utilisé plusieurs techniques, mais aucune ne marche. Déjà, en intégrant cette histoire au sein d'une autre, où des spectateurs regardent les actions du pneu comme s'il s'agissait d'un film. Et honnêtement, non seulement cela ne sert à rien, mais ça ne raconte également pas grand-chose. Et c'est d'ailleurs de là que vient le problème : le film ne raconte rien. On alterne simplement entre les discussions des spectateurs et les actions du pneu pendant plus d'une heure, et c'est tout. Il est alors extrêmement facile de s'ennuyer, car tout paraît vide et surtout jamais drôle. À ça, notre réalisateur a essayé de répondre par une séquence d'introduction qui est censée expliquer tout le récit et qui nous dit clairement : "ce n'est pas grave s'il n'y a pas de sens". Et selon mon point de vue, c'est un gros aveu d'échec. Déjà, parce que ce n'est vraiment pas croire en son projet que de devoir créer une séquence où le concept du film nous est directement expliqué sans subtilité. Mais aussi, car je n'aime tout simplement pas cette démarche. C'est quelque chose de très personnel, mais simplement dire "je vais faire n'importe quoi, car j'en ai envie" est une excuse beaucoup trop facile pour tout justifier sans trop se prendre la tête. Dans l'ensemble, je trouve donc que ce film est le plus mauvais de son réalisateur, en plus d'être l'un des projets les plus ennuyeux que j'ai vus depuis un moment. Pour conclure, un bon film contre l'insomnie.