« Tant que tu arrives à respirer, il faut te battre. »
Les trente premières minutes de ce Revenant donnent le ton : ça sera sans concession. La sauvagerie (de partout), la violence (esthétisée et terrible), le racisme (décomplexé), la brutalité permanente, même d’un père à son fils (pour qu’il survive), le chacun pour soi, bref un monde d’hommes frustres dans un début de XIXème siècle encore hostile, aux confins des Etats-Unis naissants et du Canada. Ça démarre fort.
Les paysages, pourtant terriblement inhumains, sont magnifiés par le talent d’Alejandro González Iñárritu ; le paradoxe visuel est saisissant et les effets de caméras 360° apportent une profondeur intéressante tout comme les focus sur les yeux (bleus vitrés de DiCaprio, verts clairs de Hardy). Le paradoxe humain aussi. Frustres mais complexes. Humains.
Leonardo DiCaprio, n’en parlons pas, tout le monde sera d’accord pour dire qu’il peut tout jouer avec la même égale intensité, un talent à l’état pur. Notons malgré tout qu’il doit se limiter à des grognements dans la majeure partie du film et qu’il parvient à transcender sa situation. Mais Tom Hardy ! L’acteur britannique, chopant l’accent gras et traînant du sud des Etats-Unis, démontre une fois de plus qu’il excelle à interpréter un bad boy
(haïssable ici)
à la perfection. Et Forrest Goodluck ! Tout en retenue et en finesse, le jeune acteur sublime son personnage de fils honni de part et d’autre de la guerre ethnique et économique qui oppose les trappeurs étasuniens aux natifs Arikaras. Arthur Redcloud ? Comme prenant la relève, flocon sur la langue, en quelques images, transperce l’écran. Domhnall Gleeson, enfin, continue son bonhomme de chemin avec une interprétation juste. On a déjà pu remarquer qu’il lui sera difficile, à moins de progresser, de tenir un grand rôle principal.
Oeuvre longue, épique et haletante, Revenant tient en haleine jusqu’à son final en apothéose, à la Ridely Scott dans Les Duellistes. Un film condamné à devenir un classique.